Prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) et formation

TMS-mal-dosDans le cadre de la semaine pour la qualité de la vie au travail, organisée notamment par l’ANACT, se tenait le 17 juin un forum sur la prévention des TMS intitulé « osons l’innovation » au CNIT Paris La Défense. Selon un sondage ANACT/CSA 72 % des salariés déclarent ressentir une douleur associée aux TMS. Cette initiative s’inscrit dans l’évolution de l’approche publique en matière de sécurité au travail qui consiste à promouvoir une logique de prévention fondée sur un dialogue social responsabilisé au sein de l’entreprise. Il est, en effet, plus efficace d’analyser et d’anticiper dans l’entreprise les situations dangereuses ou nuisibles à la santé que de s’en tenir à l’application de normes. En fait cette évolution relève du développement de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

Le sondage présenté lors de ce forum  (disponible sur le site suivant : http://www.qualitedevieautravail.org/) et les ateliers ont donc apporté plusieurs éclairages sur les ingrédients d’une politique de prévention efficace. L’usage de la formation comme outil d’information a été évoqué sans que ne soit établi un véritable diagnostic d’ensemble sur son adaptation aux enjeux et surtout sur les organismes de formation capables de contribuer à la prévention des TMS qui d’ailleurs ne couvrent pas l’ensemble du champ du mal-être au travail (par exemple le mal de tête n’est pas intégré dans ce champ).

Les principaux enseignements du sondage ANACT/CSA

- Plus de 7 salariés sur 10 déclarent ressentir au moins une douleur associée aux TMS

- Tous les secteurs d’activité et toutes les catégories socio-professionnelles sont touchées mais à des degrés différents (les ouvriers sont les plus concernés).

- La quasi-totalité des salariés est exposée à au moins un risque organisationnel ou biomécanique générateur de TMS.

- La très grande majorité des salariés a le sentiment de bénéficier de facteurs protecteurs (autonomie, soutien, liberté)  à l’apparition de TMS. C’est l’encadrement qui est le maillon faible de la chaîne de prévention et de soutien (formation, autonomie dans le travail, médecins, collègues,…).

La formation interpellée

Si la formation apparaît comme le 1er outil de prévention, plébiscité par les salariés et les employeurs, elle ne prend sens que dans un usage, des contenus et des contextes particuliers. S’il y a des formations (1 demi-journée ou d’un jour) de sensibilisation large couvrant les différents secteurs, il y a manifestement des lacunes dès que l’on veut mettre en place des démarches préventives concrètes liées à des activités et des contextes  professionnels précis.

squelette_geste_et_posturesEn effet le traitement des TMS relève de plusieurs approches : maîtrise de gestes professionnels et de techniques, adaptation d’outils (par exemple les outils pour gauchers), ergonomie du poste de travail, organisation du travail (certains types de polyvalence limitent les risques d’activités manuelles trop répétitives ou d’activités statiques), intensité du travail, etc. L’opérateur de formation doit donc intégrer tous ces éléments pour situer la pertinence de son intervention. Il lui faut diagnostiquer des situations précises dans des contextes organisationnels et techniques particuliers. Il lui faut surtout disposer d’une expérience importante en matière de contextualisation des activités professionnelles et de transformation des contenus de métiers (l’introduction de certaines techniques ou organisations dans un métier ont fait apparaître des TMS, à contrario l’abandon de certains outils les ont fait diminuer). Les études de cas ne valent que si elles sont suffisamment nombreuses pour être capitalisées et permettre de tirer des enseignements plus larges.

Aujourd’hui nombre de salariés n’exercent pas le métier qu’ils ont appris initialement. Les règles de sécurité qu’ils ont pu éventuellement intégrer dans une formation initiale particulière sont rarement transférables dans d’autres secteurs ou contextes. Le chômage de masse modifie également les évolutions professionnelles et oblige à des reconversions dans de nouveaux secteurs. Des métiers deviennent obsolètes et il faut reconvertir professionnellement des milliers de salariés menacés de licenciement ou de décrochage professionnel. Ces changements qui arrivent quelquefois tardivement dans une vie professionnelle nécessitent plus que l’acquisition de nouvelles compétences. La dimension préventive sous l’angle des TMS n’est pas négligeable notamment quand des personnes passent dans des univers de travail moins protégés.

Il est donc nécessaire de combiner des formations préventives « ciblées métiers » et des formations plus génériques et transverses permettant d’étudier des situations clef caractéristiques de gestes et postures génératrices de TMS dans plusieurs types d’activité. Cette approche nécessite une ingénierie de formation pluri-sectorielle et pluri-métiers, un suivi large des normes de sécurité et des travaux relatifs aux TMS. Les formations préventives intersectorielles doivent répondre à des publics différents : de la sensibilisation des jeunes n’ayant pas d’expérience professionnelle à la formation de l’encadrement intermédiaire en termes de diagnostics légers de situations à risque.

Le défi des TMS et, plus largement, de la recherche du bien-être au travail nécessite une consolidation des liens entre les ingénieries de formation et les méthodes d’analyse du travail et une mobilisation des études qui relèvent de l’ergonomie et de la didactique professionnelle.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

Tags: ,

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.