Développement durable, Responsabilité Sociale de l’Entreprise et formation

RSE_developpement_durableLa participation des salariés à la mise en œuvre des normes environnementales dépend en partie de la capacité du système de formation à les accompagner dans l’appropriation des compétences et des techniques contributrices au développement durable. Le défi n’est pas que technologique, il renouvelle les finalités de la formation des adultes et réinterroge ses interactions avec les entreprises et les transformations du travail.

De ce point de vue, il faut rappeler l’impréparation du système de formation continue face aux mutations du travail des années 80 (développement des TIC, émergence de l’économie des services, amorce de la phase post-taylorienne dans l’industrie,…). Les conséquences de cette inadaptation ont été nombreuses : les jeunes les moins diplômés ont été exclus du marché du travail, les seniors peu qualifiés, soupçonnés d’être rétifs aux modernisations, ont été mis à l’écart ou en préretraite, d’une manière générale les ouvriers et les employés en place ont été considérés comme inaptes aux transformations de l’économie et l’effort de formation développé à cette période s’est essentiellement traduit par la massification de l’enseignement secondaire et supérieur ! Le mot d’ordre de 80 % d’une classe d’âge au niveau BAC a enterré toute velléité de mener un effort massif de montée en compétences et en qualification les 10 millions de salariés fragilisés par les nouvelles organisations et les nouvelles technologies.

Bertrand Schwartz a été un des seuls à pointer le véritable défi des années 80 avec son objectif de « moderniser sans exclure ». Claude Dubar développera un constat convergent : « (…) pour la masse des salariés et des citoyens, le développement technologique important qu’a connu la société française ne s’est pas traduit – beaucoup moins semble-t-il que dans d’autres pays comparables – par une croissance proportionnelle de la formation scientifique et technique de masse. Les inégalités scolaires entre les niveaux restent très importantes et la formation continue n’a pas contribué à les réduire. »[1].

Focalisée sur une conception occupationnelle de la formation des chômeurs, la politique publique de formation va désinvestir dans les relations de proximité entre l’appareil de formation et les transformations du travail. La décentralisation de la formation professionnelle, dans un contexte où la tradition interventionniste de l’Etat dans l’économie était encore très prégnante, a rendu encore plus difficile la définition d’une politique publique d’ensemble articulée aux transformations sectorielles malgré la tentative, rapidement marginalisée, d’une politique contractuelle en matière de formation préventive des salariés peu qualifiés.

Le rôle économique de la formation professionnelle des adultes à l’occasion des mutations techniques a été minoré au profit du système éducatif dans ses différentes composantes (enseignement secondaire, universités, grandes écoles et écoles d’ingénieurs). Qu’il faille intégrer les transformations de l’économie dans l’enseignement initial est une évidence, évacuer la question de l’adaptation et de l’association des salariés aux modernisations traduit une méconnaissance profonde du sens des mutations en cours depuis plusieurs décennies ! D’une part les élites ne sont plus en mesure de conduire d’en haut les modernisations, d’autre part aucune modernisation ne peut se réaliser avec succès sans engagement des salariés !

Demeure cependant posée la question de l’ampleur des processus de transformation du travail. La nécessité d’une politique (engagement de moyens publics conséquents, coordination, etc.) ne prend sens qu’au-delà d’intérêts sectoriels ou d’entreprise et surtout qu’en tant que modalités de correction d’effets d’éviction et de décrochage social lié à des modernisations ou des mutations technologiques de fond. Des secteurs entiers, des métiers peuvent se voir frappés d’obsolescence dans des délais très rapides et générer des exclusions professionnelles lourdes. En règle générale les modernisations se mènent simultanément dans des secteurs différents avec un accompagnement formatif d’adaptation qui ne nécessite pas des déploiements stratégiques de haut niveau. Tout cela se règle au niveau local ou niveau sectoriel. Mais certaines évolutions transcendent les dimensions sectorielles et locales comme les TIC et, aujourd’hui, comme l’ensemble des impacts de la Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) dans les activités de travail.

qde9_hvqg_afpa_3_sfe_L’économie « verte » réinterroge toute la chaine de l’innovation technologique et organisationnelle et repositionne la formation professionnelle comme espace de réflexion sur les techniques, les métiers et les secteurs. Cet enjeu s’est posé dans les années 90 comme le soulignait Yves DEFORGE : « Il est plus facile de s’en tenir à l’enseignement de savoirs formalisés sur l’électronique, l’informatique ou les automatismes (en affirmant que c’est cela qui est nécessaire pour comprendre le monde futur) que d’imaginer une approche nouvelle de la technique. (…) Pour comprendre et agir sur le monde actuel et futur, ce sont les effets de ces techniques qu’il faudrait pouvoir analyser et discuter. Ne mettre dans l’Education Technologique ou dans la culture technique que de la technique, ce serait abandonner toute idée de contrôle social des techniques, ce serait priver la technique d’un sens dont chaque technicien, et chaque citoyen, chaque citoyen-technicien, doivent se sentir, dans une conjointe responsabilité, porteurs et gardiens. »[2].

Amener la question des technologies et des compétences professionnelles dans un débat citoyen comme celui de la RSE c’est commencer à sortir la formation professionnelle de son ghetto et de la représentation dominante qui en a fait une voie de relégation au sein du système éducatif. La plupart des effets de l’introduction des normes environnementales dans l’économie fait de chaque salarié un acteur du développement durable et un maillon d’une nouvelle économie plus responsable. Chaque formateur trouvera dans cette nouvelle donne matière à s’instrumenter…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

 


[1] DUBAR (Claude) « Technologies nouvelles, transformations du travail et besoins de formation » – revue POUR n° 85, septembre 1982.

[2] DEFORGE (Yves), De l’éducation technologique à la culture technique, Paris, ESF éditeur, 1993, page  79.

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