La formation continue, une activité secondaire pour des milliers d’entreprises ou d’associations…

trainingLe CEREQ a publié une étude[1] très intéressante sur les entreprises qui exercent de façon secondaire une activité de formation. Un des apports de cette étude vient de ce qu’elle remet en cause la tendance à réduire l’activité de formation continue au champ d’action des seuls organismes ayant la formation comme activité principale. Mais plus largement cette investigation relance le débat sur le modèle économique supposé régir la transmission et la diffusion des savoirs et qui reste à construire.

Ainsi, au début des années 90, l’Etat a tenté de promouvoir un secteur d’activité propre à la formation continue considérée comme un simple marché. Ce secteur était supposé se substituer à l’appareil public et associatif de formation ou l’intégrer. L’émergence de la Fédération de la Formation Professionnelle (FFP) et le contrat d’étude prospective des organismes de formation privés visaient notamment à asseoir cette hypothèse sur une professionnalisation, une structuration et une régulation de ce secteur économique en freinant notamment la prolifération de petites structures éphémères (à l’époque il y avait plus de 35 000 prestataires de formation). Depuis le nombre de prestataires n’a cessé d’augmenter (on approche les 50 000 !) réduisant à peu de choses les objectifs d’organisation et de structuration du secteur. Parallèlement, l’alternance, la VAE, le e-learning ou la reconnaissance des processus informels d’apprentissage ont, sous des angles différents apporté des correctifs aux conceptions qui privilégient la structure de formation comme lieu unique et privilégié de la transmission des savoirs chez les adultes.

L’étude permet donc de relativiser la notion d’appareil de formation et de mieux comprendre les mécanismes et les ressources qui fondent l’activité de formation professionnelle continue dédiée aux entreprises. Elle permet surtout d’amorcer une réflexion sur les vocations et les complémentarités des différents lieux et espaces où les savoirs se diffusent, se développent et se (re)construisent.

Les auteurs (données 2007) ont procédé à une première sélection auprès de ces prestataires en privilégiant ceux ayant un chiffre d’affaires (CA) en formation supérieur à 150K€ soit 4340 prestataires représentant 80,3 % du CA de ce secteur (3,2 milliards €). Par comparaison, les organismes de formation ayant un CA de 150K€ et plus sont 5030 et représentent 93,8 % du CA global du secteur d’activité de la formation (5,9 milliards €). 9370 opérateurs (tout code NAF confondu) dominaient donc le marché de la FPC en 2007 pour un CA de 9,1 milliards €. A côté plus de 47 000 prestataires se partageaient les 1,3 milliard € restant !

Revenons à ces 4340 structures qui ne relèvent pas des codes NAF relatifs à l’activité d’enseignement ou de formation (NAF 802A, 802C, 803Z, 804C et 804D). Selon les auteurs de l’étude ces prestataires sont rattachés à 48 divisions et 79 codes NAF et représentent donc un très large éventail d’activités. Cependant quelques secteurs dominent dans cet ensemble comme le conseil ou les associations. Regroupés par famille d’activité ces organismes (61,6 % relèvent du secteur privé lucratif) se répartissent ainsi :

Codes NAF regroupés par famille d’activité Répartition des prestataires
Commerce 6,9 %
Fabrication 4,1 %
Organisations associatives, professionnelles ou consulaires 22,5 %
Services d’éducation 10,0 %
Services aux entreprises 56,5 %

Le CEREQ a voulu approfondir ce premier constat en réalisant dans trois régions (Aquitaine, Languedoc Roussillon et PACA) une enquête auprès d’un échantillon de prestataires privés. Ces prestataires s’appuient sur un nombre important de formateurs  extérieurs occasionnels et sont sur les spécialités de formation habituellement dominantes (informatique, sécurité des biens et des personnes, développement des capacités d’orientation et d’insertion, ressources humaines, gestion, etc.) dans le secteur restreint ! Il ne semble donc pas y avoir de distinction importante entre ces prestataires et les organismes de formation en termes de spécialités de formation. D’ailleurs l’enquête a permis d’identifier des organismes dont le chiffre d’affaires principal est bien la formation sans que cela ne se traduise par un code NAF approprié !

L’enquête constate que ces opérateurs occupent majoritairement le marché de l’achat direct par les entreprises (peu de formations relevant des financements issus des OPCA). Ils s’appuient souvent sur une appartenance commune au monde de l’entreprise et au secteur privé (connaissances des métiers, des clients) et se positionnent en amont de la commande (analyse du besoin, co-construction du projet de formation, etc.) en s’appuyant sur leur expertise métiers pour proposer du « sur-mesure ». Ils sont donc plutôt spécialisés et s’appuient sur cette spécialisation pour se différencier des organismes de formation concurrents. De ce point de vue, ils semblent bénéficier d’une expertise technique plus pointue que les organismes de formation classiques et s’appuient sur des réseaux d’intervenants occasionnels d’entreprise qu’ils se sont construits de par leur appartenance au secteur d’activité cible. D’autres développent des formations autour d’un produit ou d’un service qu’ils ont eux-mêmes développés ou créés.

L’importance de ce secteur qui représente plus de 37 % du chiffre d’affaires généré par le marché concurrentiel de la formation témoigne de l’intégration naturelle de l’activité de formation continue dans le fonctionnement des secteurs d’activité, notamment dépourvus d’organismes de branche. A cette nébuleuse de prestataires issus des secteurs d’activité et du monde de l’entreprise lui-même, il faut ajouter les structures internes de formation des grandes firmes, le poids des formateurs occasionnels d’entreprise intervenant dans l’appareil de formation privé et public et les pratiques informelles de formation des entreprises (entreprises apprenantes). Cet éclairage permet de confirmer qu’il y a bien un processus de réinternalisation de la FPC dans la sphère du système productif au détriment des organismes de formation plus classiques dont la vocation économique et sociale nécessiterait d’être réinterrogée.

On peut donc affirmer qu’en 40 ans la notion d’activité de formation a perdu de son sens premier et que les opérateurs qui n’ont que la formation comme activité sont désormais minoritaires dans le champ des besoins de formation exprimés par les employeurs ! Le paradoxe réside dans le fait que le système de financement de la FPC a généré des modes d’organisation complexes d’une fonction économique, somme toute naturelle, du système de production. Demeurent posées les questions relatives à l’avenir des organismes capables d’assurer les finalités de la formation des adultes n’entrant pas dans le strict champ des entreprises (promotion sociale et professionnelle, accompagnement des mobilités et des transitions professionnelles, éducation permanente, etc.). En effet ces objectifs nécessitent une parfaite maîtrise des compétences demandées par les entreprises mais aussi une ingénierie pédagogique de haut niveau capable de répondre à tous les publics et notamment les moins qualifiés. On est loin dans ce cas d’une activité « secondaire »…

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

 


[1] MICHUN Stéphane, SIMON Véronique et VALETTE Aline – La FPC comme activité secondaire - Net – Doc n° 61

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