La numérisation de la formation professionnelle continue

L’inspection générale des affaires sociales (IGAS) a publié un rapport de 165 pages sur la transformation digitale de la formation professionnelle continue. Cette investigation apporte de nombreux éclairages des processus liés au numérique qui déstabilisent notre système de formation continue. En effet celui-ci s’est construit sur un modèle qui a privilégié le présentiel comme modalité pédagogique centrale, l’externalisation de la formation des organisations de travail, l’atomisation, l’hypertrophie et la segmentation de l’appareil de formation, la dispersion du financement de la FPC, l’absence d’évaluation de l’efficacité des formations, le cloisonnement des fonctions d’orientation, d’accompagnement, de formation et de certification, un système d’acteurs autocentré et peu lisible n’ayant que peu d’influence sur les grandes questions sociales et économiques, etc.

Lien : http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article607

Or le numérique permet (à certaines conditions) de rationnaliser tout en permettant l’émergence du collaboratif, de décloisonner les fonctions, de favoriser le multimodal, d’unifier les process, de massifier et d’individualiser en même temps, de modifier les professionnalités classiques de la formation, de favoriser l’interpénétration de problématiques autrefois séparées, d’organiser des passerelles entre ressources, etc.

Le rapport souligne de façon diplomatique l’impréparation du secteur à la révolution numérique qui suppose :

  • ·         une politique d’investissement dont ne disposent pas les dizaines de milliers de micro-organismes de la FPC ;
  • ·         une intervention publique structurante rendue difficile par l’absence de doctrine ministérielle sur la FPC et la dispersion des acteurs publics et paritaires (Etat, régions, Pôle Emploi, etc.) ;
  • ·         une pratique de l’innovation sapée depuis des décennies par le cadre prescriptif de la conception et du financement de la formation continue ;
  • ·         une instrumentation du suivi et de l’évaluation des pratiques des opérateurs de formation qui a cédé la place à des normes qualité, bien insuffisantes en ce qui concerne l’activité de formation ;
  • ·         une ingénierie des parcours permettant de combiner des prestations diverses contributives à l’évolution professionnelle des actifs et de limiter le recours au « tout-formation » ;
  • ·         une approche de complémentarité de la FPC organisée avec les multiples processus d’autoformation ou de formation en situation de travail…

Néanmoins, dans un contexte défavorable,  de nombreux acteurs se sont emparés des potentiels du numérique dans le champ de la formation pour expérimenter et proposer des solutions nouvelles en matière pédagogique. Le rapport apporte de nombreux éléments d’analyse des différents modèles organisationnels de la formation qui incluent l’usage du numérique du MOOC au Blended Learning. Mais les auteurs soulignent aussi les nécessaires conditions d’un usage approprié du numérique dans le champ formatif et pédagogique en s’appuyant notamment sur les apports du hors-série AFPA-Education Permanente de 2013 (La formation à l’épreuve du numérique) et d’autres études.

Le rapport préconise un certain nombre de pistes d’amélioration de l’usage du numérique. Ainsi, selon le rapport : « la persistance d’un principe de financement des formations et des stagiaires à l’heure de formation (…) est une difficulté que les nouveaux textes tentent de réduire » (page 45). « Les OPCA et OPACIF sont souvent, encore amenés à formuler des exigences peu compatibles avec les formations multimodales. » (page 47). Le rapport met aussi en garde contre des représentations erronées : « il n’y a pas de corrélation claire entre acceptabilité des formations numériques et niveau de qualification, âge, catégorie socio-professionnelle… » (page 51)

Mais le rapport réinterroge surtout la façon dont l’économie numérique interpelle les fonctions et prestations qui accompagnent les parcours professionnels de l’orientation à la certification en passant par l’accès à la formation : « la transformation digitale de la formation professionnelle requiert enfin une mue numérique plus globale du système de formation professionnelle. La digitalisation des principaux outils d’information et d’orientation, de conseil et de financement de la formation professionnelle permettrait de l’orienter vers la logique « centrée utilisateur » promue par la société du numérique ; elle aiderait à dépasser les lourdeurs d’un fonctionnement encore très complexe, et plus conçu pour les opérateurs que pour leurs usagers. » (page 7)

Un rapport intéressant qui permet d’avoir une vision équilibrée et positive de la rencontre du numérique et de la FPC. Il pose également les bases et le sens d’une réforme systémique (décloisonnée) du système de formation des adultes.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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Un commentaire pour “La numérisation de la formation professionnelle continue”

  1. SMOCK JOHANA dit :

    Merci pour cet article. La digitalisation de la formation entraîne des changements pour toutes les parties prenantes. Et effectivement, les opérateurs sont contraints d’investir et d’évoluer dans un cadre qui n’est pas toujours adéquat, semé même d’injonctions paradoxales!

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