Quelle formation professionnelle voulons-nous ?

Le rôle de la formation professionnelle continue est intimement lié à l’efficience de la formation professionnelle initiale. Cette dernière n’a pas vocation à résoudre définitivement le rapport à l’emploi des jeunes générations pour toute leur vie mais elle doit assurer un socle d’employabilité sur lequel l’expérience et la formation continue viendront se greffer. Il n’y a donc pas deux systèmes clos dont l’un pallierait aux lacunes de l’autre mais bien une complémentarité entre trois processus : les apprentissages professionnels de base, les acquis de l’expérience tout au long de la vie, le recours ponctuel à des apports formatifs à des étapes-clef des parcours professionnels (évolutions professionnelles souhaitées ou contraintes).

Dans ces trois volets le rôle de l’entreprise est un élément déterminant, c’est pourquoi son implication dans l’acquisition des savoirs professionnels de base est fondamental. C’est en se responsabilisant sur la transmission de ces savoirs que les entreprises peuvent, par la suite, jouer un rôle plus positif dans les trajectoires des salariés notamment en optimisant l’usage de la formation continue dans sa vocation préventive (entretien et développement de l’employabilité des salariés). Cette implication est d’ailleurs un facteur d’interpellation à l’égard des organismes de formation continue dans leur capacité à identifier les besoins en compétences de l’économie et à y répondre de façon adéquate.

Sans dialogue permanent avec les entreprises les organismes de formation sont menacés d’obsolescence rapide compte-tenu de la rapidité des mutations technico-organisationnelles du travail. Ces transformations impliquent d’ailleurs un rôle croissant des entreprises elles-mêmes dans l’effort de formation. Chaque entreprise possède un potentiel formatif fondé sur son expérience, ses savoir-faire, son identité. En France ce potentiel est sous-utilisé, sous-exploité, mal reconnu dans la majorité des entreprises. Cette situation pénalise aussi bien les entrepreneurs que les salariés et plus largement la performance économique et sociale du monde du travail.

L’efficacité du système de formation professionnelle réside dans l’intégration des fonctions formatives, apprenantes, qualifiantes dans les organisations de travail. Cette intégration va de soi dans les pays où l’apprentissage est développé comme en Allemagne, en Suisse ou en Autriche. Elle n’est pas toujours formalisée ou réglementée mais les managers et les salariés expérimentés de ces pays savent qu’ils ont un rôle de transmission de leurs savoirs et qu’il y a du temps à passer auprès des nouveaux embauchés ou des apprentis. Cette culture semble aussi se développer dans certaines Startups innovantes qui, confrontées à l’absence de structures de formation adaptées à leurs compétences collectives, mettent en place des processus d’intégration particuliers fondés sur le partage des savoirs. Enfin, de nombreuses grandes firmes réinvestissent dans des structures de formation internes (écoles ou campus) mais plus ouvertes que les anciennes académies d’entreprise ciblées sur le management.

C’est donc en se nourrissant des pratiques de formation plus ou moins formalisées des entreprises que le système de formation professionnelle peut se régénérer. Cette dynamique implique d’ailleurs un rôle plus appuyé des organisations professionnelles et syndicales de terrain dans la façon d’articuler les apports formatifs des entreprises et ceux des opérateurs de formation qui ont toujours un rôle important à jouer que ce soit en formation initiale ou dans les multiples volets de la formation des actifs en évolution professionnelle. C’est aussi pourquoi il temps d’unifier notre enseignement professionnel autour d’un système d’apprentissage sous contrat de travail rénové.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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