L’enjeu du conseil en évolution professionnelle

La perspective d’un investissement massif dans la formation professionnelle des chômeurs ne doit pas escamoter les conditions de réussite d’un tel effort qui ne dépend pas seulement de la dynamique de créations d’emplois. Notamment, celles-ci peuvent se faire au détriment des chômeurs les moins qualifiés si les discriminations à l’embauche demeurent prégnantes. Les autres conditions de succès d’une politique de formation reposent sur une meilleure fluidité du marché du travail, sur des grilles de lecture appropriées des offres d’emploi, sur un repérage instrumenté des acquis et des potentiels professionnels des chômeurs et sur une recomposition de l’appareil de formation professionnelle.

Le fil rouge qui relie toutes ces conditions réside dans la qualité de l’orientation et de l’accompagnement professionnels qui se traduit aujourd’hui par le développement du conseil en évolution professionnel (CEP). Au delà des textes qui sous-tendent cette démarche, c’est la pratique des acteurs locaux de l’accompagnement des sans-emploi qui en déterminera le sort. En clair il y a nécessité de décloisonner au niveau local le financement et le pilotage de toutes les mesures et dispositifs qui contribuent à construire les projets professionnels des personnes et de favoriser le dialogue avec les entreprises sur leurs besoins en compétences. Ce double mouvement est essentiel car il faut réconcilier et combiner ces deux dimensions trop souvent séparées. Du bilan de compétences à la VAE, trop de mesures sont mises en oeuvre « à l’aveugle » sans visibilité des exigences des entreprises mais aussi de leurs représentations. Plus globalement la dynamique économique sur un territoire (création, implantation et développement des entreprises, renouvellement des emplois, modernisation du système productif, etc.) n’est que faiblement l’occasion de décrypter l’évolution des contenus d’emploi, l’émergence de nouvelles qualifications, la transformation de certains métiers. Les données quantitatives (statistiques) de l’emploi se substituent aux analyses plus qualitatives du travail qui fondent l’activité du conseil en évolution professionnelle.

La majorité des chômeurs n’ont que peu d’idée sur la transférabilité de leurs acquis professionnels dans des métiers qu’ils ne d’ailleurs connaissent pas. C’est cette ingénierie de la reconversion professionnelle qu’il s’agit d’organiser au plus près des populations concernées et du tissu des 5 000 entreprises de taille intermédiaires et des 138 000 PME qui emploient 50 % des salariés !

Les transitions numériques, énergétiques et environnementales vont transformer profondément notre système productif dans des configurations territoriales diversifiées. Il s’agit de mettre en place dans chaque bassin d’emploi les conditions d’un rapprochement et d’une mutualisation des expertises et expériences des dizaines de réseaux cloisonnés qui se sont spécialisés sur les différentes populations en difficulté sur le marché du travail (jeunes en insertion, chômeurs de longue durée, travailleurs handicapés, migrants, etc.).

Sans cette synergie, les possibilités de réussir l’intermédiation entre les demandeurs d’emploi et les entreprises continueront d’être amoindries dans un contexte de numérisation des offres d’emploi et d’accès non régulé à l’emploi qui se fera sur le dos des moins qualifiés. Le recours à la formation se construira en compensation de la difficulté à trouver un travail et non comme instrument d’accélération du retour à l’emploi par une montée en compétences ciblée.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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