L’emploi après le chômage…

Une étude de Pôle Emploi de Janvier 2017[1] apporte un éclairage très intéressant sur les mobilités professionnelles de 800 000 demandeurs d’emploi durablement sortis du chômage. Parmi ceux qui ont repris un emploi (665 000), 37 % déclarent exercer un métier différent de celui qu’ils occupaient initialement. Parmi ceux-ci, 30 % sont restés dans le même domaine professionnel (famille professionnelle). Les causes de cette situation sont multiples : de la volonté de quitter un métier que l’on ne désire plus exercer aux réalités du marché du travail. La mobilité au sein d’un même domaine semble liée à l’expérience acquise dans celui-ci et à un haut niveau de qualification (expérience + niveau de diplôme Bac + 3 ou plus). Le domaine professionnel où l’on observe cette continuité d’emploi (on change de métiers mais on reste dans la même famille professionnelle) est celui des services aux particuliers et aux collectivités.

Pour les chômeurs (70 %) qui ont trouvé un emploi en changeant de domaine professionnel les causes et les processus des mobilités sont plus complexes à analyser. L’étude permet d’identifier des domaines « exportateurs » (le flux de personnes qui quittent ces domaines est supérieur au flux des arrivées) : gestion et administration des entreprises, BTP, mécanique et travail des métaux. Par contre les domaines « importateurs » concernent essentiellement les services : services aux particuliers et aux collectivités, santé, action sociale, culturelle et sportive, hôtellerie & restauration, transports & logistique… Ces mobilités concernent plutôt les chômeurs les plus jeunes, les moins qualifiés, les chômeurs de longue durée et relèvent de secteurs qui recrutent surtout en CDD, qui peinent à conserver leurs salariés et qui connaissent donc des taux important de rotation de la main d’œuvre. Ces familles professionnelles sont les suivantes : agents d’entretien, professionnels de l’action culturelle, sportive et surveillants, caissiers & employés de libre-service, employés & agents de maitrise de l’hôtellerie/restauration, maraichers, jardiniers & viticulteurs, employés administratifs d’entreprise, cuisiniers… Or ces métiers ne sont pas toujours caractérisés par des progressions importantes en nombre d’emplois, certains sont même en déclin comme les caissiers, les employés de libre service ou les employés administratifs d’entreprise.

Cet éclairage devrait notamment permettre de mieux définir les objectifs de la formation des chômeurs d’autant plus que l’étude de Pôle Emploi n’a pas intégré la trajectoire des demandeurs d’emploi ayant bénéficié d’une formation dans le panel étudié. Il serait donc nécessaire, à terme, d’avoir une information sur l’éventail des métiers et des domaines professionnels ciblés par la politique de formation des chômeurs et la trajectoire de ceux-ci en termes de mobilités à partir de leurs métiers d’origine. Sachant qu’environ 600 000 demandeurs d’emploi bénéficient d’une formation dans l’année, il est important de comprendre les hypothèses qui sous-tendent cet effort. Faut-il prioritairement cibler les domaines professionnels dont les effectifs peuvent augmenter (souvent en lien avec le temps partiel) mais qui ne parviennent pas à conserver leur main d’œuvre ou privilégier une politique qui conjugue la montée en compétences des chômeurs peu qualifiés et l’accompagnement de secteurs d’avenir plus structurants en matière d’emploi ? Aucun de ces objectifs ne doit être abandonné mais il serait malencontreux de consacrer l’effort principal de formation des chômeurs sur le premier volet et de marginaliser le second qui permet d’articuler politique de l’emploi et développement économique.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA



[1] « Au sortir du chômage, la dynamique de mobilités entre métiers » – Etudes et recherches n° 9  – Janvier 2017.

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