Sortir des schémas convenus

La relance de l’économie qu’elle soit marchande ou sociale, demeure un sujet pour le moins occulté dans la campagne présidentielle au point où c’est l’hypothèse contestable du déclin du travail humain qui est venue polluer nombre de débats. Une hypothèse d’autant plus exotique que nombre de salariés de base sont confrontés à un manque de temps pour réaliser convenablement leur travail et que de nombreuses activités socialement utiles ne sont pas assurées au prétexte qu’elles ne sont pas solvables…

Pourtant les conditions d’un nouveau modèle d’organisation du travail humain sont en passe d’être réunies, encore faut-il se donner les moyens de contrôler les mutations en cours du système productif (la production de consommables et de services commercialisables) et les fonctions utiles à la cohésion sociale. Encore faut-il ne pas inverser les logiques : c’est du dynamisme du secteur productif dont dépendent les autres volets d’activité contributifs à l’action publique et à l’intérêt général. Ce dynamisme réside dans les mutations de l’industrie et des services associées à des modes de production, de consommation et de répartition des richesses compatibles avec la transition écologique et la justice sociale.

Les gains d’efficacité du système productif permettent désormais de diminuer le travail humain de faible valeur ajoutée, de développer des activités plus qualifiées et d’investir sur l’économie sociale et solidaire moins soumise aux impératifs de rentabilité de court-terme. Ce scénario nécessite une nouvelle répartition spatiale et temporelle du travail et une action publique contributive aux transitions professionnelles des personnes (de l’économie marchande à l’économie sociale en passant par les services publics) et à la revitalisation des territoires en déclin.

En ce qui concerne les mobilités professionnelles, elles supposent des passerelles entre des secteurs cloisonnés sur le plan des statuts, des avantages sociaux et des identités surannées. Les vieilles catégories socio-professionnelles clivées qui définissaient des carrières linéaires sont devenues des obstacles à la lutte contre le chômage de masse. Le passage par des activités d’intérêt général ou de service public doit devenir le moteur de la réduction du temps passé au chômage (le chômage de longue durée est le véritable cancer du sous-emploi) mais aussi un point d’appui pour le retour dans le secteur marchand. Pour cela il faut unifier les régimes sociaux afin de fluidifier le marché du travail (faciliter les démissions et les reconversions volontaires) et miser sur la polyvalence des personnes.

En ce qui concerne les territoires, nombre d’activités reposent désormais sur les connexions et ne justifient plus les univers de travail hyper-concentrés qui entrainent d’ailleurs des méga-concentrations urbaines, des transports engorgés et des pics de pollution. Les potentialités du numérique, des services de proximité, de l’économie circulaire ou des circuits courts du producteur au consommateur sont des axes importants de la mutation des écosystèmes territoriaux. Une politique d’aménagement des territoires doit être entreprise autour de régions fortes disposant des leviers de la politique économique, de la politique d’emploi et de formation et de la politique sociale. Sans articulation de ces trois volets la fracturation territoriale s’approfondira et les dysfonctionnements du marché de l’emploi également. La formation de reconversion peut jouer un rôle majeur dans cette perspective de décloisonnement des parcours professionnels et des différents volets du travail humain.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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