Prendre au sérieux les ambitions de la formation

Le système de formation professionnelle initial et continu est sollicité à plusieurs titres par la montée en compétences des emplois de la grande majorité des 9,7 millions d’ouvriers et d’employés du secteur privé (37 % de l’emploi total) et l’exigence d’une consolidation de l’employabilité de ces catégories professionnelles. En effet nombre de ces métiers se transforment à l’aune des nouvelles technologies et organisations de travail quand d’autres disparaissent pour les mêmes raisons. La formation professionnelle doit donc s’adapter à ces transformations mais aussi assurer des fonctions de reconversion en cours de vie active.

Ces objectifs nécessitent  une montée en compétences des formateurs et des concepteurs des systèmes de formation professionnelle : ils doivent anticiper les changements mais aussi y contribuer, intégrer le décloisonnement industrie/services et les nouvelles logiques d’hybridation des techniques, maitriser l’importance des compétences transversales dans les critères d’employabilité, développer des nouveaux formats de formation et privilégier le multi-modal au détriment de la formule du stage en centre de formation, etc.

Compte-tenu de l’accélération et de l’importance des mutations du travail en cours de vie active, les acquis de la formation professionnelle initiale ne suffisent plus à garantir un rapport à l’emploi stabilisé, la formation de requalification tout au long de la vie est devenue une exigence qui n’a que peu à voir avec la dégradation de notre système de formation continue dominé par le court-termisme  et l’atomisation.

Pour garantir une sécurisation des parcours professionnels des moins qualifiés tout en répondant aux besoins en compétences des entreprises (notamment les TPE et PME) il est nécessaire pour les financeurs de réinvestir dans la qualité, l’efficacité et l’attractivité de l’appareil de formation professionnelle et d’assumer budgétairement son instrumentation organisationnelle, technologique et pédagogique.

Le recours à différents espaces d’apprentissage (en centre, en entreprise et à distance) accentue les temps de préparation, de suivi, d’échange, d’exploitation et d’évaluation des progressions. Ainsi la mise en situation des apprenants (apprendre en faisant) ne suffit pas à conclure qu’on est en présence d’une pédagogie efficace, ni même d’une intention pédagogique claire… On ne privilégie pas les mêmes méthodes et modalités pédagogiques pour former un technico-commercial, un chef de travaux, un informaticien, un réparateur auto, un horloger ou un cuisinier.

La conception des mises en situation, l’usage de simulateurs ou de Serious Games, les temps de démonstration, l’analyse et la reproduction des gestes professionnels, les études de cas, l’exploration, les temps de réflexivité, les apprentissages coopératifs, la mobilisation des acquis expérientiels des apprenants, etc. qui composent toutes les facettes d’une pédagogie active, ne s’improvisent pas et nécessitent des analyses préalables, des expérimentations, des évaluations, des ajustements, des modifications…et du temps.

Complémentairement il est nécessaire d’approfondir les travaux relatifs aux préférences, stratégies ou styles d’apprentissage des personnes mais aussi aux types de difficultés rencontrées dans les différentes situations d’apprentissage. Ainsi les compétences servicielles ou les normes qualité dans les métiers de base influent sur le contenu de la formation mais nécessitent un usage plus important des méthodes pédagogiques réflexives. Il faut aussi identifier ce qui change dans l’exercice des métiers et qui modifie la conception des formations en contenu et en méthodes. Les nouvelles organisations de travail qui s’appuient sur un élargissement des marges d’initiative et d’intervention des salariés induisent des modes d’organisation pédagogique privilégiant les espaces d’autoformation accompagnée et les groupes de travail collaboratifs autogérés.

L’alternance centres de formation/entreprises a également permis une redynamisation rampante des apprentissages en situation de travail ou en immersion dans les contextes de travail réel là où il faut combiner rapport au travail et rapport aux savoirs. Encore faut-il, du côté des organismes de formation, disposer de modes d’exploitation de ces séquences et de leur évaluation sur le plan de la progression des apprenants dans l’acquisition des savoir-faire. Bref sans plan ambitieux de relance et de refonte de l’appareil de formation professionnelle, le recours à la formation se limitera à des volumétries d’entrées en stage dont les effets sociaux et économiques resteront marginaux.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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2 commentaires pour “Prendre au sérieux les ambitions de la formation”

  1. Olivier Charbonnier dit :

    Merci Paul pour tes papiers toujours aussi intelligents, exigeants, rigoureux et ouverts. Olivier

  2. Prendre au sérieux les ambitions de la f... dit :

    [...] Le système de formation professionnelle initial et continu est sollicité à plusieurs titres par la montée en compétences des emplois de la grande majorité des 9,7 millions d’ouvriers et d’employés du secteur privé (37 % de l’emploi total) et l’exigence d’une consolidation de l’employabilité de ces catégories professionnelles. En effet nombre de ces métiers se transforment à l’aune des nouvelles technologies et organisations de travail quand d’autres disparaissent pour les mêmes raisons. La formation professionnelle doit donc s’adapter à ces transformations mais aussi assurer des fonctions de reconversion en cours de vie active.  [...]

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