Sortir la VAE de la marginalisation

La validation des acquis de l’expérience (VAE) fait actuellement l’objet de nombreux rapports et travaux. La stagnation de cette démarche qui semble marginale au regard de la formation initiale soulève de nombreuses questions sur le cadre de certification approprié à une telle finalité. En fait la doctrine qui sous-tend la VAE demeure insuffisamment explicite pour les personnes et pour les entreprises et même pour les certificateurs. Ces derniers sont fort nombreux et pas toujours très précis sur leur vocation : entre la dizaine de Ministères valideurs qui délivrent des diplômes et titres professionnels au nom de l’Etat, les centaines de branches professionnelles qui ont élaboré des certificats de qualification professionnelle (CQP) et l’armada des milliers d’organismes de formation qui peuvent produire des titres professionnels enregistrés dans le répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), il y a une grande confusion des genres.

Chacun de ces acteurs possède des vocations légitimes qui ne sont pas identiques malgré le tropisme jacobin qui tend à imposer à chaque certificateur le même cahier des charges et les mêmes finalités. Si l’Education Nationale, le Ministère de l’Agriculture et quelques autres Ministères ont en charge la production des diplômes de formation initiale (accessibles à tous les âges de la vie), le Ministère du Travail a développé des titres professionnels nationaux dédiés aux actifs concernés par les différentes formes de transition professionnelle (reconversion, insertion dans l’emploi, promotion sociale, etc.). L’ensemble de ces diplômes et titres sont élaborés en lien avec les partenaires sociaux.

Quant aux branches professionnelles, elles ont la possibilité de construire des certifications (CQP) qui viennent objectiver les compétences de salariés exerçant une activité professionnelle répertoriée dans les conventions collectives. Dans cas il s’agit soit de certifier des salariés qui ne possèdent pas le diplôme correspondant à leur emploi, soit de construire une certification pour un métier qui n’est pas couvert par les diplômes professionnels d’Etat existants.

Enfin les organismes de formation ont la liberté pleine et entière d’élaborer des contenus de formation à visée professionnelle et de produire des attestations décrivant les compétences acquises par les personnes formées dans leurs centres. Financeurs de formation, stagiaires et entreprises ayant toutes les possibilités d’évaluer la qualité de ces formations n’obéissant pas aux cadres ministériels ou conventionnels de branches. Or il se trouve que l’Etat a créé un cadre de « reconnaissance » de cette foultitude d’attestations (le RNCP) qui tend à leur donner une sorte d’équivalence de finalités avec les diplômes d’Etat et les CQP des branches. Cette confusion n’aurait guère de conséquences si elle n’avait contribué à amplifier l’hypertrophie formative qui caractérise la France et à limiter l’usage de la VAE dont la logique vise à éviter de former les personnes sur des contenus qu’elles maitrisent déjà mais aussi à signaler aux entreprises qui recrutent que l’expérience a souvent plus de valeur qu’une accumulation inconsidérée de cursus de formation…

Dans le champ de l’accompagnement des mobilités externes dont les pouvoirs publics sont les seuls garants (les branches professionnelles ont plutôt vocation à instrumenter les mobilités internes), les organismes de formation, tout statut confondu, assurent une complémentarité avec l’ensemble des outils qui valident les acquis des personnes mais ils ne peuvent pas en être les seuls promoteurs.  Entre le financement des ressources consacrées à rendre visibles et lisibles, en termes de transférabilité, les compétences d’expérience et l’inflation formative, il est nécessaire de parvenir à un rééquilibrage vertueux… Cette responsabilité relève pleinement des valideurs publics et de leurs ambitions à l’égard de celles et ceux qui veulent évoluer professionnellement et socialement.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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