Recruter et former ?

Le CEREQ (Bref n°351) vient de publier un éclairage sur l’usage de la formation dans les processus de recrutement des entreprises. L’étude se base sur une comparaison entre l’effort de formation dédié aux salariés en place et celui consacré aux nouveaux recrutés : « en 2010, seuls 29 % des nouveaux recrutés ont été formés, pour 48 % des salariés ayant entre un et cinq ans d’ancienneté et plus de la moitié des salariés plus anciens. »

Cette comparaison est cependant difficilement interprétable compte-tenu de la différence de nature entre une formation d’adaptation à l’emploi et la formation continue destinée aux salariés en place. Par contre l’étude apporte des éléments intéressants relatifs au lien entre formation et pérennité dans le recrutement. De ce point de vue l’étude distingue trois populations concernées par les embauches :  les salariés mobiles, les inactifs et les chômeurs (les jeunes en insertion relevant de la catégorie des inactifs). Sur ce plan, indépendamment de l’effort de formation à l’embauche, les recrutés qui étaient salariés auparavant sont ceux qui ont le plus de chance de rester dans l’emploi : « avoir ou non été formé à l’entrée ne change pas vraiment le pourcentage de stables parmi les anciens occupés : entre 50 % et 58 % resteront. »

Les anciens inactifs (essentiellement les jeunes) sont par contre beaucoup moins stabilisés dans l’emploi ne serait-ce que parce qu’ils sont beaucoup plus concernés par les embauches en CDD. En fait la corrélation entre effort de formation et maintien dans l’emploi concerne surtout les chômeurs recrutés : « la stabilité dans l’entreprise est positivement et significativement corrélée avec le fait d’avoir été formé, résultat que l’on ne retrouve pas pour les deux autres populations, c’est-à-dire les personnes en emploi ou inactives avant d’être recrutées. ».  Pour le CEREQ : « il y a bien pour les chômeurs un lien entre le fait de bénéficier d’une action de formation à l’embauche et la possibilité qu’ils ont à se stabiliser dans l’emploi. »

Cette appréciation porte bien sur l’effort de formation mobilisé par l’entreprise et non sur des formations réalisées avant le recrutement. Elle incite donc à penser que l’apport formatif de l’entreprise en matière d’adaptation à l’emploi est un élément tangible d’intégration des chômeurs embauchés dont ne bénéficient d’ailleurs pas une partie des chômeurs recrutés. Cependant l’étude ne tranche pas sur l’interprétation de cette corrélation : l’entreprise forme-elle les chômeurs qu’elle souhaite fidéliser ou c’est la formation qui crée les conditions de cette fidélisation ? Il est assez clair que c’est la première option qui l’emporte : la formation vient consolider des hypothèses de fidélisation. Des hypothèses qu’il s’agit de construire en amont des recrutements  par une politique publique de formation des chômeurs qui ne peut pas se résumer à entériner la logique spontanément sélective des entreprises.

Ces constats militent pour le développement de formules souples articulant des formations qualifiantes ou de pré-embauches et des formation d’adaptation à l’emploi, notamment pour les chômeurs les moins qualifiés. Cette situation montre également l’importance d’un développement et d’une consolidation des fonctions formatives des entreprises leur permettant d’ajuster leur recrutement en direction des chômeurs.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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