Travailler plus longtemps ?

Le conseil d’orientation des retraites (COR) a abordé  lors de sa séance plénière du 19 octobre 2016 un dossier sur le « Report de l’âge de la retraite : effets macroéconomiques ». Dans un pays qui a longtemps communié aux préretraites comme pratique de dévaluation des acquis des seniors et qui peine à valoriser l’expérience professionnelle, la question du relèvement de l’âge d’ouverture des droits à la retraite est cruciale. La France fait partie des pays qui connaissent un fort sous-emploi des seniors qui n’a pas profité aux jeunes qui sont également en sous-emploi. Notre pays est également marqué par des conditions de travail plus dégradées qu’ailleurs en Europe et des choix organisationnels qui entretiennent le désinvestissement professionnel des plus âgés mais aussi des plus jeunes. Or tout le monde peut convenir que l’allongement de la durée de vie et l’arrivée plus tardive des nouvelles générations sur le marché de l’emploi crée les conditions d’un déplacement de l’âge légal de la retraite plutôt qu’une baisse des pensions pour équilibrer les comptes du régime de retraite. Comme le rappelle le COR : « l’âge effectif de départ à la retraite constitue l’un des trois leviers – avec le niveau des ressources et celui des pensions – de l’équilibre financier du système de retraite. Les différentes réformes conduisent à relever cet âge, qui passerait de 60,5 ans en 2010 à 64 ans en 2060. ».

Le rapport du COR évoque donc les différents effets du relèvement de l’âge de la retraite (sachant que cet âge légal ne constitue pas une obligation de partir en retraite). Le rapport rappelle qu’entre 2004 et 2013 la durée en emploi a augmenté d’environ un an entre 55 et 59 ans avec une augmentation sensible du taux d’emploi des 55-64 ans. Le rapport écarte avec raison le vieil argument qui veut que le maintien dans l’emploi des seniors augmente le chômage des jeunes même si les 30 dernières années nous démontrent le contraire ne serait-ce que parce que les seniors n’occupent pas les mêmes emplois que les jeunes débutants ! Selon le COR, tout allongement de la durée du travail engendrerait une mécanique de stimulation de l’économie et de création d’emploi relativisée par un moindre impact sur le taux de chômage. En effet l’augmentation de la population active à travers l’allongement de la vie au travail des seniors se traduit par une probabilité d’être en emploi pour 70 % d’entre eux mais aussi d’être au chômage pour 30 %…

On mesure donc que cette question du relèvement de l’âge légal de la retraite, combinée à l’intérêt des seniors à travailler plus longtemps, nécessite une politique d’accompagnement et de valorisation des secondes parties de carrières et non pas seulement des injonctions paradoxales destinées aux seniors qui  ne souhaitent pas poursuivre leur activité. Cela fait des décennies que les rapports sur le travail des seniors font état du déclin professionnel à partir de 40/45 ans pour nombre de salariés. Cette situation entérine non seulement l’attente de la retraite pour des salariés désinvestis mais entretient aussi les régimes spéciaux de retraite qui ne concernent que 500 000 actifs pouvant partir en retraite avant 60 ans. Ce pseudo-avantage d’un départ précoce en retraite a, en réalité, entretenu un moindre investissement des entreprises dans l’amélioration des conditions de travail, l’évolution professionnelle des salariés et la valorisation de leur expérience. Un contexte qui pénalise d’ailleurs les nouvelles générations et concentre la productivité et l’intensité du travail sur les 25/45 ans… Il est temps de remettre en chantier une politique du travail qui le valorise et qui ne soit pas centrée sur le délitement du rapport à l’emploi.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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Un commentaire pour “Travailler plus longtemps ?”

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