Apprentissage et difficultés de recrutement

Lors de l’université d’été du MEDEF, lors d’un débat consacré aux rapports entre les entreprises et l’Éducation nationale, un intervenant a affirmé qu’en 2020 : « il y aura 2,3 millions d’actifs non qualifiés et en parallèle 2,2 millions d’emplois non pourvus. La solution sera donc évidemment l’apprentissage et il faut faire de l’alternance une voie d’excellence ». Qu’il faille refonder notre enseignement professionnel autour d’un système d’apprentissage favorisant une véritable synergie entre les centres de formation et les fonctions formatives des entreprises est une évidence. Mais une telle réforme qui prendra quelques années, ne solutionnera pas la question de la sous-qualification supposée de 2,3 millions d’actifs ( ?) et la difficulté de recrutement concernant 2,2 millions d’emplois ( ?).

D’une part ces chiffres sont assez fantaisistes : la notion de faible niveau de qualification appliquée aux actifs (personne n’est non qualifié car tout le monde a des compétences !!!) concerne plutôt 7 millions de personnes (5,5 millions d’emplois peu qualifiés + 1,5 million de chômeurs peu qualifiés), quant à la notion d’emplois non pourvus, elle est pour le moins imprécise car non rattachée à des temporalités (durée plus ou moins longue pour pourvoir une offre d’emploi).

Quant à l’apprentissage il devra se développer dans une logique d’élargissement des cibles de la formation initiale (consolider et développer la poly-compétence) et certainement pas dans une logique adéquationniste de spécialisation fine qui a d’ailleurs rétréci l’espace d’implication des entreprises et qui a affaibli le système dual allemand en période de chômage de masse. Plus concrètement il faudra privilégier, en dehors des métiers artisanaux, des parcours multi-entreprises sur trois ans pour les jeunes au niveau V et IV et non les spécialiser précocement sur une qualification trop précise.

Les difficultés de recrutement concernent plusieurs types d’emplois :

  • ·         Ceux pour lesquels il y a de moins en moins de postulants  pour des raisons d’image, de pénibilité, de précarité, de bas-salaires et qu’il faut considérer comme des activités transitoires donnant lieu à des processus de sortie par le haut (accès privilégié à des formations qualifiantes) ou comme des activités à professionnaliser et à valoriser.
  • ·         Ceux qui correspondent à des qualifications pointues ou rares, souvent mal connues, à des métiers émergents, à des activités en forte mutation technique ou à des métiers exigeant une expérience professionnelle préalable importante. Ces situations interpellent l’appareil de formation continue dédié aux secteurs concernés ou les structures de formation d’entreprise ou sectorielles.

Dans tous les cas le système de formation initiale n’est certainement pas la bonne option permettant de résoudre ces différents cas de figure. Les débats de l’université du MEDEF traduisent d’ailleurs la persistance de représentations archaïques favorables à la surconcentration et au surdimensionnement de l’effort de formation initiale (allongement anarchique des études qui débouche sur le décrochage universitaire et le tarissement des sorties au niveau des qualifications intermédiaires) au détriment de la formation qualifiante continue, des réseaux apprenants mais aussi des fonctions formatives intégrées dans les entreprises. Ces dimensions permettent d’ailleurs d’alléger les attentes disproportionnées à l’égard de l’Education Nationale et des Universités et de mieux répartir, y compris sur le plan budgétaire, l’effort de formation tout au long de la vie en lien avec l’accélération des mutations du système productif et les marchés transitionnels de l’emploi.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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