Comment repositionner la VAE ?

En 2012, ce sont 48 709 candidats (50702 en 2008) qui ont été présentés aux différentes épreuves de validation des acquis expérientiels (VAE) dont 6276 pour le seul Ministère chargé de l’Emploi. Cette démarche qui devait s’adresser prioritairement aux actifs non diplômés et/ou faiblement qualifiés se heurte au système de validation et de certification français essentiellement conçu pour la formation professionnelle initiale et un enseignement professionnel de type scolaire. Dans ce système les acquisitions en situation de travail ne sont appréhendées que comme applications des enseignements en centre de formation et où l’expérience singulière liée au collectif de travail n’est pas intégrée comme telle.

La VAE est également dépendante d’une conception adéquationniste de la relation formation/emploi qui ne vaut que pour des salariés exerçant le même métier depuis de nombreuses années et ne possédant pas le diplôme correspondant. Or la valeur ajoutée de la VAE est très faible dans ce cas car il n’est guère difficile de faire valoir une expérience réussie dans un métier donné à l’occasion d’une mobilité volontaire ou contrainte. La valeur ajoutée d’une VAE est de donner des repères sur la transférabilité des compétences acquises dans une expérience diversifiée or l’étroitesse des référentiels des diplômes de base (V et IV) est inadéquate à cet exercice…

La VAE ne peut prendre sens que dans une forme modulaire permettant de valider des compétences acquises de façon successive dans des métiers différents ou en articulation avec des formations permettant d’enrichir une expérience métier dans une perspective de progression professionnelle. Cette approche se heurte au fait que le système de certification est régi en France selon les critères du système éducatif. L’option d’une construction formative et certificative complémentaire à la formation initiale n’a jamais été véritablement portée par l’Etat ou les partenaires sociaux. Or seul un système de certification centré sur les processus de formation en cours de vie active peut intégrer la question de l’expérience et des acquis liés aux pratiques professionnelles. La formation initiale obéit à des finalités très structurantes qui ne correspondent pas à ce qui se construit dans la vie sociale et professionnelle. Plus précisément les diplômes qui consacrent la réussite scolaire et universitaire ne sont pas construits à partir des savoirs d’expérience et ne sont pas adaptés à les reconnaître…

Pour les actifs qui possèdent un bon niveau de formation initiale, la validation des acquis professionnels (VAP) mise en place en 1985 et qui permet d’acquérir un niveau d’accès à l’enseignement supérieur long en cours de vie active, suffit. Par contre pour les adultes qui ont échoué à l’école et qui occupent les emplois du bas de l’échelle, la VAE est une réponse pertinente si elle permet d’être combinée à des réponses formatives complémentaires. Car la question n’est pas tant de reconnaître et de valider ce qu’ils savent faire mais de les aider à progresser en leur permettant de prendre conscience de la valeur et de la transférabilité de leurs acquis. La VAE ne vaut que comme passeport de transition professionnelle et non comme modalité d’obtention d’un parchemin qui n’en demeure pas moins symboliquement important pour nombre de personnes.

Face à la stagnation de l’usage de la VAE, le Ministère du Travail doit assumer sa responsabilité de certificateur dans le champ des processus d’apprentissage et de développement des adultes. Une telle orientation tient dans le caractère modulaire d’un tel système permettant de combiner acquis expérientiels (blocs de compétences multiples) et acquis formatifs. Des millions de salariés et de chômeurs ont acquis des blocs composites de compétences qui ne correspondent pas un seul titre professionnel mais à un éventail de blocs de compétences référencés. C’est sur cette base qu’il faut envisager les processus de VAE et non dans l’hypothétique coïncidence entre une expérience singulière et un diplôme particulier.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

 

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Un commentaire pour “Comment repositionner la VAE ?”

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