Revoir la conception des diplômes de l’enseignement initial (1)

L’intérêt de diplômes-métiers ou correspondant à une qualification très précise, c’est qu’ils puissent garantir ou simplement favoriser un accès rapide dans l’emploi visé et une carrière professionnelle plutôt stable dans cet emploi. Si l’insertion est longue, les acquis techniques risquent d’être oubliés, si l’emploi est de courte durée ou peu qualifié, la possibilité de rebondir professionnellement dans un autre métier sera entravée par les lacunes techniques de départ. Il n’y pas besoin d’analyses statistiques approfondies pour constater qu’il y a bien longtemps que les principales justifications des diplômes étroits ne sont plus réunies.

Par contre le passage par des emplois très spécialisés ou peu qualifiés demeure une réalité d’abord parce que ces emplois existent et que l’enseignement professionnel n’a pas comme finalité d’éviter d’exercer ces emplois mais de permettre d’en occuper d’autres plus qualifiés plus tard. Encore faut-il que l’exercice de ces emplois en début de vie active ne pénalise pas les jeunes pour la suite, or la meilleure prévention pour éviter ce piège réside dans la force des acquis de la formation initiale. Si ces acquis sont trop spécialisés, le passage par un emploi peu qualifié agit comme un « effaceur » parce que la non utilisation de savoirs techniques étroits conduit à leur dégradation et leur obsolescence. Par contre ce passage affecte moins les compétences transverses, larges ou les acquisitions en termes de poly-compétences qui fondent l’employabilité des personnes.

La notion d’employabilité renvoie non seulement à une conception plus large des référentiels de formation et de certifications mais à une meilleure intégration des savoirs généraux, technologiques et théoriques dans le cursus d’apprentissage selon un dosage adapté au champ professionnel concerné, aux finalités éducatives globales et aux façons d’apprendre des élèves. Cette conception :

  • génère moins de diplômes et moins de formations différentes au premier niveau d’apprentissage, et s’appuie sur un corps enseignant pluriel et plus cohérent (les formateurs professionnels doivent se coordonner avec les enseignants disciplinaires) ;
  • mise sur un socle technico-professionnel de base plus large qui permet par la suite de cibler une spécialisation pointue sans perdre les acquis de départ ;
  • réduit les risques de sélection abusive et de discrimination par origine sociale, par genre ou ethnies d’origine ;
  • renvoie à l’entreprise d’embauche et aux structures de formation continue l’adaptation au premier emploi et la professionnalisation ;
  • vise à faciliter un périmètre large d’accès au premier emploi tout en facilitant une évolution professionnelle ultérieure.

Confronté à l’accentuation des mobilités professionnelles (contraintes ou volontaires), l’enseignement professionnel doit remettre en cause ses fondamentaux (coexistence au niveau V entre spécialisation fine et enseignement général, découpage entre niveau V et IV) au profit d’une refonte de l’enseignement professionnel autour d’une vingtaine de cursus professionnels en trois ans permettant d’articuler les différents types de savoirs et d’être confronté aux applications pratiques de l’éventail des technologies. Les deuxième et troisième années permettant d’intégrer l’apprentissage sous contrat de travail. Un tel choix correspond à un triple objectif :

  1. Elargir la cible d’accès au marché du travail ;
  2. Conforter les connaissances de base permettant une évolution professionnelle en cours de vie (ce qui suppose une réorganisation de la formation qualifiante dans un registre promotionnel ou de reconversion plutôt que de lui demander de réparer les lacunes scolaires) ;
  3. Développer une culture professionnelle fondée sur la connaissance de l’entreprise et la cohérence entre théorie et pratique.

Mais cette réorientation doit s’appuyer sur un nouveau compromis entre le système éducatif et les partenaires sociaux. Reconstruire la formation professionnelle initiale autour de 15 ou 20 pôles technico-professionnels cohérents mais fondés sur la polyvalence et les pluri-compétences, est un passage obligé pour sa revalorisation et la constitution d’un espace cohérent pour l’apprentissage et la formation continue. C’est aussi une exigence pour une rationalisation du système d’ensemble dont la complexité ne semble avoir comme solution que la multiplication des « passerelles » (instrument magique de remédiation à l’orientation défaillante mais surtout de l’allongement des études jusqu’à plus soif).

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

Tags: ,

Un commentaire pour “Revoir la conception des diplômes de l’enseignement initial (1)”

  1. Adapter la formation initiale à un envir... dit :

    [...]   [...]

Laisser un commentaire