Le chômage des jeunes, l’arbre qui cache la forêt….

Les données sur le chômage[1]sont souvent l’occasion d’interprétations approximatives notamment sur le chômage des jeunes. En effet le taux de chômage est calculé sur la base de la population active (en emploi ou recherchant un emploi) et celle-ci n’excède pas 3 millions chez les moins de 25 ans. Parmi eux, le nombre de demandeurs d’emploi (catégories A) était de 516 900 en Février 2016 (541 000 en Février 2015). En ajoutant les 260 000 jeunes demandeurs d’emploi en catégorie B et C, on a une proportion de 9,2 % de jeunes inscrits au chômage sur une population totale de 8,4 millions.

Parler de 25 % de jeunes au chômage travestit la réalité car la très grande majorité des jeunes sont inactifs (en formation, à l’école ou à l’Université ou sans activité et non inscrit à Pôle Emploi). En fait ce n’est pas le taux de chômage des jeunes qui est le plus préoccupant, c’est leur situation de sous-emploi, seuls 2,2 millions d’entre eux travaillent (ils étaient 3,5 millions au milieu des années 80) et ils ne représentent que 8,7 % des actifs ayant un emploi… 1,1 million des jeunes en emploi sont apprentis, alternants, en CDD ou en intérim. Ainsi 50 % des jeunes au travail sont en transition professionnelle ou précaires. Quant aux jeunes qui sont en CDI, 50 % sont déclassés (occupent un emploi de niveau inférieur à leur niveau de diplôme).

Les jeunes sont majoritairement en formation initiale ou en stage, c’est-à-dire « inactifs » selon les critères statistiques de l’INSEE. Or la poursuite d’études et la course aux diplômes leur ont été présentées comme les bons passeports pour l’emploi ! Cherchez l’erreur… En fait, depuis des décennies les jeunes s’éloignent de l’emploi (la France a le plus faible taux d’emploi des jeunes en Europe) et du monde du travail.

En ce qui concerne les jeunes en emploi (25 %), ils se répartissent en quatre blocs équivalents en volume :

  1. les contrats en alternance ou en apprentissage,
  2. les contrats aidés et précaires,
  3. les CDI déclassés (exercice d’un emploi sous-qualifié par rapport à son niveau d’études)
  4. les CDI en adéquation avec le niveau de diplôme…

Environ 500 000 jeunes sur 8,4 millions ont donc un emploi stabilisé correspondant à leur niveau d’études.  Cette situation est confirmée par la dégradation continue de l’adéquation entre spécialités de formation et emploi exercé chez les jeunes notamment au niveau V et IV. La surqualification à l’embauche accentue bien évidemment ce phénomène. Ce qui caractérise d’abord la situation sociale des jeunes c’est bien le sous-emploi et un rapport au travail dégradé, d’autant plus dégradé que la course aux diplômes est mortifère pour les jeunes ayant eu une scolarité courte et disproportionnée pour les autres jeunes qui s’éloignent de plus en plus des réalités de l’emploi malgré des systèmes de stages et d’alternance multiples, cloisonnés et illisibles pour les entreprises. Sans réforme de fond de l’apprentissage et de concentration des budgets vers ce système la situation des jeunes continuera de s’aggraver.

Il est temps de s’approprier les véritables chiffres d’une population jeune massivement et majoritairement en formation mais minoritairement au travail…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi et qualifications » à l’AFPA



[1]« Demandeurs d’emploi inscrits par pôle Emploi en Février 2010 » DARES indicateurs – Mars 2016 – n° 017.

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