La place de la formation dans les réformes du marché du travail en Europe

La formation fait partie des volets des politiques actives de l’emploi dont les dépenses représentent en moyenne OCDE 0,15 % du PIB (données OCDE 2012). En réalité les Etats européens sont marqués par des disparités non négligeables dans ce domaine : en 2012 le budget des politiques actives représentait 1,85 % du PIB au Danemark contre 0,46 % en Italie, 0,87 % en France et 0,67 % en Allemagne. Ces dépenses sont certes à rapprocher du taux de chômage mais pas seulement : ainsi le Danemark avec un taux de chômage de seulement 6,8 % y consacre un budget important. Les réformes récentes de l’Etat italien ont comme caractéristiques de combler son retard sur ce plan. Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) a réalisé une série de monographies par pays relatives aux réformes du marché du travail notamment liées à la crise de 2008 (http://www.coe.gouv.fr/Detail-Nouveaute.html?id_article=1275). Il en ressort que l’Italie, le Danemark, les Pays-Bas et l’Autriche sont des exemples intéressants de la place de la formation professionnelle des adultes.

Le Danemark est certainement le pays qui a le système de formation professionnelle le plus important avec un taux actuel de 80 % d’une classe d’âge qui a suivi un enseignement à vocation professionnelle (60 % dans les années 80) et un taux de participation important (près de 32 %) à la formation des adultes. En Autriche c’est 70 % d’une classe d’âge qui s’oriente vers l’apprentissage qui garantit un accès à l’emploi déterminant (le taux de chômage en Autriche oscille entre 3 et 6 % depuis 20 ans). Au Danemark, une réforme récente de Juillet 2015 vise notamment les chômeurs peu qualifiés autour de programmes courts visant les besoins urgents du marché du travail mais aussi des formations qualifiantes allant jusqu’à deux ans pendant lesquelles les chômeurs perçoivent 80 % de leur indemnité de chômage. En Autriche la formation des chômeurs est fortement incitative et son usage permet un allongement de l’indemnisation du chômage jusqu’à 156 semaines, voire 209 semaines pour des formations très longues ou pour les chômeurs de plus de 50 ans. Ces formations sont mises en œuvre par des fondations du travail qui développent plusieurs types de prestations (orientation, reclassement, accompagnement) à l’occasion de licenciement et de restructurations en fonction des situations locales. Elles sont cofinancées par les entreprises et différents fonds publics et sont portées par les partenaires sociaux et les pouvoirs locaux. Aux Pays-Bas une politique active de reconversion des salariés peu qualifiés licenciés ou menacés de licenciement s’appuie sur les fonctions formatives des entreprises elles-mêmes et sur des dispositifs relevant de l’initiative locale.

Il faut cependant souligner qu’on observe aussi des processus de recentralisation des politiques d’emploi et de formation. Ainsi le Danemark a procédé à une recentralisation de sa structure d’intervention en matière d’emploi : remplacement des 98 centres locaux pour l’emploi et des 4 centres régionaux par 8 centres régionaux. L’Italie a également opté pour une harmonisation plus centralisée de son service public de l’emploi par la mise en place d’une agence nationale pour l’emploi qui coordonnera les centres régionaux et locaux qui étaient jusqu’à présent sous l’autorité des Régions et des provinces, l’Etat n’ayant que la responsabilité de l’indemnisation des chômeurs. L’Italie s’est également orientée vers un développement massif de l’apprentissage appelé à devenir : « la modalité prévalente d’insertion des jeunes sur le marché du travail ».

En ce qui concerne les orientations en matière de formation, l’Autriche mise plutôt sur des dispositifs axés sur le développement des compétences transverses, l’entreprise ayant plutôt en charge l’adaptation « technique » des personnes en formation. Le Danemark demeure plus attaché à une formation technique plus approfondie assurée par des centres de formation en phase avec les besoins des entreprises.

D’une manière générale ces quatre pays illustrent la grande diversité des politiques de formation d’adultes et convergent dans la nécessité de s’appuyer sur les ressources formatives des entreprises fortement tributaires des traditions et systèmes d’apprentissage.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

Tags:

Laisser un commentaire