Favoriser la mobilité ascendante ?

correctif Une note d’analyse (n° 36 – Nov. 2015) de France Stratégie a établi une cartographie de l’ascenseur social français. Cette étude fait état des différences interdépartementales de destins professionnels d’un panel de personnes d’origine populaire (entre 30 et 45 ans) selon trois situations :

  • ·         l’immobilité sociale quand ils deviennent ouvriers ou employés,
  • ·         l’ascension sociale quand ils deviennent cadres, professions intellectuelles supérieures ou professions intermédiaires,
  • ·         la mobilité professionnelle sans ascension systématique quand ils deviennent agriculteurs ou indépendants (une situation non intégrée dans l’étude).

Lien : http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/note-36-geographie-ascension-sociale-ok.pdf

Cette carte de la mobilité fait apparaître des disparités régionales importantes. Ainsi le Poitou-Charentes, la Picardie et le Nord Pas-de-Calais sont caractérisés par un faible taux de mobilité ascendante (inférieur à 30 %), à l’inverse l’Aquitaine, la Bretagne, Rhône-Alpes, Midi Pyrénées et surtout l’Ile de France (47 % de mobilité ascendante) sont marquées par un fort taux d’ascension sociale que ce soit pour les natifs de la région ou pour les migrants issus d’autres régions…

En fait l’étude montre une forte corrélation entre acquisition de diplômes universitaires et réussite sociale  et des disparités interdépartementales sur ce plan. Cette situation souligne, en creux, l’absence d’impact correctif des formations de type promotionnel dans les processus d’ascension sociale en cours de carrière. En l’absence d’éclairages sur le comportement des entreprises en matière de promotion ascendante, l’auteur de l’étude estime que :  » La massification du supérieur a donc bien été le moteur principal de l’augmentation de la mobilité ascendante. ». Cette assertion le conduit à préconiser un meilleur accès à l’enseignement supérieur pour les jeunes d’origine populaire et issus des filières défavorisées (en clair développer une territorialisation fine de l’enseignement universitaire) et la mise en place de systèmes de quotas ou de places réservées pour ces jeunes. Outre son irréalisme budgétaire, une telle approche relève d’une vision bureaucratique d’affectation des personnes dans les différentes filières du supérieur qui ne fera qu’aggraver les décrochages massifs en 1ère et en 2ème année de licence. Elle conduit à reproduire ce qui s’est appliqué à l’appareil de formation continue et qui a eu comme effet une dégradation et une atomisation de celui-ci (comment imaginer une implantation de proximité de l’éventail des filières universitaires !).

Par ailleurs cette orientation promet (sans les garantir) des jours meilleurs pour les générations de demain mais n’apporte aucune solution pour les jeunes peu qualifiés d’aujourd’hui et pour les millions d’actifs qui sont sans emploi, qui n’ont aucune perspective promotionnelle en tant que salariés ou qui sont confrontés au déclassement. Les mécanismes promotionnels dédiés aux personnes issues des milieux populaires dépendent de deux arbitrages : une réforme de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage permettant de combiner un enseignement pluri-technologique et des phases progressives d’alternance en milieu de travail et la mise en place d’un dispositif promotionnel massif destiné aux chômeurs et aux salariés en mi-carrière où les Universités pourront être partenaires dans une logique d’éducation permanente. Quant aux inégalités territoriales elles ne seront pas résolues par une planification de l’enseignement universitaire mais par des dynamiques économiques locales intégrant la coopération avec les structures de formation et les Universités.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

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2 commentaires pour “Favoriser la mobilité ascendante ?”

  1. Favoriser la mobilité ascendante ? | Act... dit :

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  2. Favoriser la mobilité ascendante ? I Pau... dit :

    [...] "Une note d’analyse (n° 36 – Nov. 2015) de France Stratégie a établi une cartographie de l’ascenseur social français. Cette étude fait état des différences interdépartementales de destins professionnels d’un panel de personnes d’origine populaire (entre 30 et 45 ans) selon trois situations…"  [...]

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