Quelques banalités de base…

L’abandon des mécanismes obligatoires en matière de plan de formation et la mise en place d’un compte personnalisé de formation (CPF) correspondent à une orientation qui fait de l’individu le responsable de son propre développement professionnel sans que l’employeur soit, pour autant, exonéré de l’entretien des compétences de ses salariés au regard de la jurisprudence. Cette construction apparemment équilibrée accentue, en réalité, le risque de décrochage des moins qualifiés à l’égard de l’usage de la formation continue.

D’une part l’utilisation du CPF qui restera très marginal, ne concernera que les actifs les plus qualifiés, d’autre part les litiges entre employeurs et salariés en matière d’entretien des compétences resteront également marginaux. Il faut, en effet, avoir bien peu d’expérience du monde de l’entreprise pour imaginer que les salariés faiblement qualifiés vont ouvrir des conflits avec leurs employeurs sur cette question. Aucune organisation syndicale ne peut imaginer mobiliser les salariés autour d’un tel enjeu. Dans les centaines de milliers de TPE et de PME la question de la formation ne se pose que de façon très ponctuelle à l’occasion de modification des organisations, des process de production ou d’arrivée de nouvelles techniques ou méthodes de travail. La grande majorité des employeurs comprend bien qu’il faut adapter les salariés à ces évolutions et il n’y a guère de litiges autour des options de formation choisies. Par contre c’est le sens de ces transformations qui doit être interrogé…

L’enjeu essentiel de la formation continue ne relève ni de la politique de chaque entreprise, ni de l’initiative personnelle de chaque actif. Concentrer des moyens permettant de donner des perspectives réalistes aux moins qualifiés relève d’une volonté politique et d’une mobilisation de moyens structurels permettant d’accompagner concrètement cette ambition. Il ne s’agit pas seulement de financer des stages mais de peser sur les processus de modernisation, d’innovation et d’organisation du travail afin qu’ils intègrent l’intérêt des moins qualifiés. La formation est un des moyens de cette politique qui n’a rien de commun avec les médiocres « théories » de l’achat d’heures de formation et de la « concurrence » appliquée à la formation qualifiante ! Le mot d’ordre des années 80 de Bertrand Schwartz « moderniser sans exclure » est toujours d’actualité et on comprend bien qu’un tel objectif  n’a que peu à voir avec la distribution individualisée d’un quota de 20 heures de formation annuelles.

Aujourd’hui, il est demandé aux Universités de s’engager sur le marché de la formation continue avec des objectifs d’augmentation de part de marché et de simple adaptation à des transformations économiques appréhendées de façon déterministe. Le rapport « Germinet »[1] est, de ce point de vue, explicite en ne parlant que du rapport au savoir des individus en général et en occultant toute priorisation en direction de la dizaine de millions d’actifs faiblement qualifiés (25 % de la population en âge de travailler). Ce rapport est emblématique d’une vision adaptative et académique de la formation continue lorsqu’il évoque : « l’actualisation des connaissances, l’évolution des savoir-faire, le renouvellement des représentations, la compréhension des enjeux macroscopiques (sic). »

Or si l’implication des Universités dans la formation continue, en lien avec les opérateurs qui interviennent auprès des ouvriers, des employés ou des chômeurs, est un atout majeur c’est justement parce qu’elles peuvent contribuer à infléchir certains choix technologiques et organisationnels du monde économique. La politique de formation continue doit s’inscrire dans une logique d’intérêt général, d’accompagnement de la transition énergétique et de développement d’une économie numérique contributive à la démocratisation des rapports de travail. Ce qui suppose une posture critique et non déterministe.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « Emploi & qualifications » à l’AFPA



[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/11_-_novembre/17/3/Rapport_mission_Germinet_-_6_novembre_2015_495173.pdf

 

 

 

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