Le SMIC, un baromètre de l’atonie du dialogue social

Selon une étude de la DARES (Analyses n° 077 Octobre 2015), au 1er janvier 2015, 1,7 million de salariés des entreprises du secteur concurrentiel (hors apprentis et intérimaires) ont été concernés par la revalorisation du Smic horaire, soit 11,1 % des salariés (après 10,8 % au 1er janvier 2014 et 12,3 % au 1er janvier 2013). Ce mécanisme de revalorisation annuelle du Smic fait souvent oublier que de nombreuses branches qui sont supposées définir les grilles salariales par la voie conventionnelle, proposent un premier niveau salarial inférieur au Smic… Ainsi 12 % d’entre elles présentaient un premier niveau de grille inférieur au Smic et 56 %, un premier niveau de grille inférieur à 1,01 Smic ! Cette situation témoigne de l’atonie de la négociation collective en matière de politique salariale ce qui masque de fait une occultation des questions liées à la structure des qualifications professionnelles, à la reconnaissance des compétences et à la politique de formation continue.

Dans un pays où l’exonération des charges sociales sur les bas-salaires (en clair le subventionnement à hauteur de 22 milliards d’euros des emplois peu qualifiés) est présentée comme une façon de favoriser la lutte contre le chômage des moins qualifiés, on prend la mesure de la spirale négative qui conduit à ralentir les processus :

  1. de modernisation de l’appareil productif,
  2. d’amélioration des conditions de travail,
  3. de valorisation des compétences,
  4. d’évolution professionnelle des moins qualifiés,
  5. d’attractivité des systèmes de travail.

Cela sans pour autant réduire le chômage des moins qualifiés et le nombre de chômeurs de longue durée. L’augmentation de la proportion de jeunes salariés diplômés chez ceux qui exercent les emplois les moins qualifiés et les moins rémunérés traduit même des phénomènes de déclassement et de déqualification qui viennent annihiler les efforts du système éducatif .

La hausse de la proportion des bénéficiaires de la revalorisation du Smic entre le 1er janvier 2014 et le 1er janvier 2015 s’observe dans près de la moitié des branches et des secteurs d’activité. Les branches professionnelles qui comptent une proportion importante de salariés concernés par la revalorisation du Smic sont bien au delà de la proportion des 11,1 % :

  • 16 % des ouvriers des entreprises du bâtiment de moins de 11 salariés
  • 24 % des salariés de l’habillement, textile et cuir
  • 36 % des salariés des boulangeries et pâtisseries artisanales
  • 21 % des salariés du commerce alimentaire
  • 28 % des salariés du commerce de détail non alimentaire
  • 65  % des salariés de la restauration rapide
  • 31 % des salariés des hôtels, cafés, restaurants
  • 37 % des salariés des prestataires de services du secteur tertiaire
  • 30 % des salariés des salons de coiffure

Globalement ces proportions sont augmentées pour les salariés à temps partiel (en moyenne 25,6 % contre 7,8 % des salariés à temps complet) et dans les entreprises de petite taille (en moyenne 24,3 % pour celles de 1 à 9 salariés, 4,2 % pour celles de plus de 500 salariés). Ainsi les « smicards » à temps partiel pèsent 78 % dans la restauration rapide et 54 % dans les boulangeries et pâtisseries artisanales. L’étude de la DARES n’évoque pas la part des femmes touchées par la revalorisation du Smic mais on peut estimer qu’elles occupent majoritairement les emplois concernés. De même il serait nécessaire d’avoir des données sur le temps passé par les salariés dans un emploi rémunéré au Smic et sur la trajectoire professionnelle ultérieure de ceux qui en sont sortis…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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