A propos de l’histoire de l’AFPA…

La formation professionnelle accélérée (FPA), initiée par Alfred Carrard[1], fut cataloguée dans l’après-guerre comme le relais d’une spécialisation étroite des salariés attribuée au taylorisme. Or si Taylor prônait un découpage fin des activités de travail, il était également partisan d’une polyvalence des salariés pour compenser les effets de ce mode d’organisation : «  (…) la politique du Scientific Management est de former des hommes pour l’exécution d’opérations très variées, de les rendre tous mécaniciens ou artisans, non seulement parce que c’est dans l’intérêt des ouvriers, mais aussi parce qu’il en résulte une facilité dans la répartition du travail suivant les nécessités casées par les fluctuations dues aux saisons, ou aux variations de demandes des produits. »(Thomson, BC. Le système Taylor (Scientific Management), Paris, France, Payot et Cie, 1919, page 138).

Les principes défendus par les collaborateurs de Carrard s’inscrivaient dans cette lignée de recherche d’un élargissement de l’employabilité des salariés : « La seconde des fonctions importantes de la rééducation (professionnelle) consistera à développer la polyvalence professionnelle, que nous pourrions également intituler : la faculté de résistance aux conjonctures de crise. (…). Assurément, c’est un impératif d’ordre humanitaire, mais aussi, une mesure d’intérêt économique pur que de mieux veiller, à l’avenir, à une formation polyvalente, à une multiprofessionnalité de nos futurs auxiliaires. » (Billon, F. « La formation professionnelle » in Carrard, A. Psychologie de l’homme au travail, Neuchâtel, Suisse, Editions Delachaux & Niestlé, 1953, page 205).

A la même époque, d’autres psychopédagogues mirent en garde contre un excès de spécialisation professionnelle : « La véritable formation technique suppose ce que Friedmann appelle une formation polyvalente et qui équivaut à une formation technique culturelle et générale. (…) les conditions techniques peuvent très rapidement modifier le monde du travail et il faut que l’individu puisse se réadapter rapidement à de nouvelles fonctions. Ce n’est pas une formation trop étroite et trop « spécialisée » qui lui permettra de telles reconversions. » (Mialaret, G. Introduction à la pédagogie, Paris, France, PUF, 1964, page 44).

En réalité, le formateur de l’AFPA, issu de l’entreprise, développera une pratique diversifiée, résultant d’une formation technico-pédagogique conséquente (15 semaines) et d’une marge de manœuvre relationnelle et intentionnelle avec les stagiaires : « Son expérience du travail ouvrier lui fournit la trame qui non seulement va organiser la transmission des apprentissages, mais aussi le sens qui va leur être donné (…) le formateur n’est pas qu’un agent de l’institution chargé de la transmission de connaissances dégagées de toute référence à une réalité immédiate. Il remplit objectivement une fonction de modèle identitaire dont la légitimité se fonde sur sa maîtrise du métier (…) pour nombre de formateurs, polyvalence et qualification sont indissolublement liées.» (Bonnet, B. La formation professionnelle des adultes, Paris, France, L’Harmattan, 1999, page 183).

Les stages de promotion ouvrière mis en place dans les centres de FPA dans les années 60 illustreront également la tentative de jouer un rôle dans l’élévation du niveau de qualification des ouvriers : « (…) la tentation serait assez naturelle, pour la rentabilité directe et immédiate, de limiter la formation à des spécialités étroites. Certes, s’il faut centrer l’instruction sur les nécessités d’un emploi défini pour répondre aux besoins de l’homme et de la production, il convient aussi de ménager à l’adulte des possibilités d’élévation dans la qualification, des moyens de transfert d’un métier à l’autre et de lui permettre l’acquisition d’une certaine polyvalence. » (Orfila, P. « Les méthodes de la FPA », Revue Française du Travail – Juillet/Septembre 1966, pages 37 à 51).

Comme quoi, les préoccupations de cette période n’étaient donc pas si éloignées des nôtres…

Paul Santelmann, directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA



[1] Alfred Carrard (1889-1948) , ingénieur en mécanique et psychotechnicien suisse, a initié une méthode d’apprentissage accéléré qui sera à la base du développement des centres de FPA en 1936. Cette méthode, conçue pour les métiers de l’industrie, sera réaménagée et améliorée dans les années 50 et 60.

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Un commentaire pour “A propos de l’histoire de l’AFPA…”

  1. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] Les stages de promotion ouvrière mis en place dans les centres de FPA dans les années 60 illustreront également la tentative de jouer un rôle dans l’élévation du niveau de qualification des ouvriers : « (…) la tentation serait assez naturelle, pour la rentabilité directe et immédiate, de limiter la formation à des spécialités étroites. Certes, s’il faut centrer l’instruction sur les nécessités d’un emploi défini pour répondre aux besoins de l’homme et de la production, il convient aussi de ménager à l’adulte des possibilités d’élévation dans la qualification, des moyens de transfert d’un métier à l’autre et de lui permettre l’acquisition d’une certaine polyvalence. » (Orfila, P. « Les méthodes de la FPA », Revue Française du Travail – Juillet/Septembre 1966, pages 37 à 51).Comme quoi, les préoccupations de cette période n’étaient donc pas si éloignées des nôtres…  [...]

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