Qui est vraiment comptable de la qualité des formations ?

Le débat sur la qualité des formations postscolaires est de retour. Cette question est récurrente depuis quelques décennies et ne semble toujours pas avoir trouvé sa solution. La question ne semble guère complexe puisqu’en définitive, il s’agit de s’assurer des compétences des formateurs. Certes, en formation professionnelle continue il y a un système d’acteurs qui brouille les repères et qui « s’organise » autour de cinq entités : les financeurs (Conseils régionaux, OPCA, Pôle Emploi, etc.), les certificateurs (notamment Ministères valideurs et branches professionnelles), les apprenants (qui sont les vrais clients et majoritairement pris en charge par un tiers-payant), les directions des organismes de formation et… les formateurs eux-mêmes marqués par la variété de leurs statuts et formes d’emploi. On y trouve des formateurs permanents, salariés à plein temps des organismes de formation, des formateurs « intermittents » intervenant sur vacations ou CDD chez plusieurs employeurs, des formateurs libéraux et des formateurs d’entreprise à temps plein ou à temps partiel. Or, en dernière analyse, tout repose sur les compétences de ces derniers !

Tous ces formateurs doivent présenter deux qualités essentielles : maitriser les contenus des formations qu’ils dispensent et disposer de compétences pédagogiques au sens large (maitrise d’au moins une modalité de formation, mise en oeuvre de principes et de méthodes pédagogiques éprouvées). A ces deux dimensions s’ajoutent d’autres compétences et connaissances liées au public cible, aux objectifs qui leur sont assignés tant par les financeurs que par les certificateurs, aux dispositifs dans lesquels ils interviennent, aux dispositions réglementaires relatives à la FPC, à l’économie générale du système de FPC, etc.

Compte-tenu de la diversité des statuts et des employeurs des formateurs, aucun cadre professionnel solide ne s’est imposé pour faire des formateurs d’adultes une communauté similaire aux enseignants de la formation initiale. Ils ne sont pas une profession structurée. Cette situation, liée essentiellement à l’atomisation des 60 000 organismes et prestataires de formation (dont la majorité ne relèvent pas d’une branche ou d’un secteur spécifique), a conduit les financeurs, selon l’adage « qui paye, commande », à s’immiscer dans la définition du cadre de travail des formateurs.

Cette immixtion a pris la forme de cahiers des charges prescriptifs portant sur les durées et les modalités de formation et les pratiques pédagogiques. Or ces dimensions sont supposées être garanties par deux autres acteurs. D’une part les directions des organismes de formation devraient garantir la fiabilité des contenus de leurs formations ainsi que l’efficacité des pratiques pédagogiques de leurs formateurs. D’autre part, en ce qui concerne les formations qualifiantes (débouchant sur l’obtention d’une certification professionnelle), les certificateurs ou les valideurs devraient garantir l’adéquation des objectifs de formation (ce qui sera certifié au sortir des épreuves) avec les besoins en compétences des entreprises et des apprenants.

Dans le champ de la formation professionnelle, un certificateur qui ne détermine aucun critère permettant d’établir un lien entre un cursus de formation à visée certifiante et  le référentiel de certification lui-même s’interdit de peser sur les conditions de réussite des apprenants et se démet de ses responsabilités à leur égard. Bien pire il délègue de fait cette responsabilité à des tiers (financeur ou apprenant) qui ne disposent pas des moyens d’estimer la pertinence de l’adéquation entre le contenu d’une formation et la certification à laquelle elle prépare. Ainsi, ce qui est à la base du système éducatif et que tout le monde considère comme un acquis, ne trouve plus sens en formation des adultes (notamment des moins qualifiés) !!!  C’est pourtant ce paysage qui s’est esquissé en France et qui contribue à une déstabilisation des formateurs confrontés à une fragmentation du cadre de référence qui devrait être leur socle d’intervention et à une perte d’autorité et de légitimité des directions des organismes de formation et des certificateurs.

D’autre part la production de certifications professionnelles suppose des mécanismes STRUCTURELS de développement des formations qui permettent de les préparer et de les acquérir dans des conditions d’égalité d’accès. Sans contrôle des leviers financiers permettant d’implanter ces formations certifiantes, de les doter des ressources matérielles adaptées et de formateurs compétents (tout cela en lien avec les territoires, secteurs et les entreprises concernées), demeure un exercice hors-sol dépendant d’initiatives budgétaires aléatoires et conjoncturelles. Dans de nombreux cas, la question de la qualité des formations est suspendue à leur existence même qui échappe aux décisions des certificateurs et des organismes de formation eux-mêmes !

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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2 commentaires pour “Qui est vraiment comptable de la qualité des formations ?”

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    [...] D’une part les directions des organismes de formation devraient garantir la fiabilité des contenus de leurs formations ainsi que l’efficacité des pratiques pédagogiques de leurs formateurs. D’autre part, en ce qui concerne les formations qualifiantes (débouchant sur l’obtention d’une certification professionnelle), les certificateurs ou les valideurs devraient garantir l’adéquation des objectifs de formation (ce qui sera certifié au sortir des épreuves) avec les besoins en compétences des entreprises et des apprenants  [...]

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