Mieux identifier la diffusion des compétences

Le document d’études n° 193 de Septembre 2015, réalisé par Aline BRANCHE-SEIGEOT et publié par la DARES, traite  d’une question rarement abordée comme telle qui consiste d’une part à cerner la variété et l’intensité de mobilisation des compétences dans l’exercice du travail par catégorie socioprofessionnelle et d’autre part à estimer leur valorisation salariale. Cette étude tirée de l’enquête internationale PIAAC[1] permet de relancer le débat sur le contenu des qualifications professionnelles. Elle milite pour l’approfondissement des investigations sur l’évolution des contenus d’activité, la catégorisation des qualifications, les politiques salariales et les politiques de formation.

Lien : http://travail-emploi.gouv.fr/etudes-recherches-statistiques-de,76/etudes-et-recherches,77/publications-dares,98/documents-d-etudes,327/2015-193-competences-individuelles,18911.html

La richesse des informations de l’étude rend difficile une synthèse exhaustive mais quelques points-clef se dégagent. D’abord l’auteure souligne, avec juste raison, que les nomenclatures d’emploi (notamment la PCS de l’INSEE) : « ne permettent pas de savoir ce que font concrètement les individus dans le cadre de leur travail. Or dans un contexte de profondes mutations du monde professionnel, cette perte d’informations est majeure. ». L’étude permet donc d’exploiter dans l’enquête PIAAC de l’OCDE les réponses des salariés aux questions relatives à la fréquence d’utilisation d’une quarantaine de compétences dans leur travail. Certes ce type de questionnaire possède les limites du déclaratif et de la difficulté des salariés à estimer le degré de mobilisation de certaines compétences transverses. Mais l’exercice demeure riche d’enseignement concernant cette dimension subjective d’auto-appréciation de leurs compétences par les salariés où l’on découvre que les moins qualifiés ne sont pas si démunis en termes de variété de compétences. Pour l’enquête PIAAC, l’OCDE distingue cinq critères d’utilisation de 40 compétences : l’usage ou non de telle compétence (incidence), la diversité des compétences utilisées au travail (variété), la fréquence à laquelle une compétence est utilisée, la difficulté relative de mobiliser efficacement une compétence et l’importance d’une compétence pour exécuter le travail (pertinence). L’étude de la DARES n’a retenu que les trois premiers critères d’utilisation et a regroupé les compétences en 11 catégories: travail en équipe, enseignement et présentations orales, vente et conseil, organisation et planification, persuasion et négociation, résolution de problèmes, aptitudes physiques, dextérité manuelle, littératie, numératie, informatique et internet. Ces catégories recoupent largement la façon dont l’AFPA appréhende les compétences transverses et permettent d’établir un profil de compétences fiable.

L’exploitation de l’enquête PIAAC fait apparaitre que les artisans et les cadres sont ceux qui utilisent le plus de compétences différentes dans le cadre de leur travail. À l’inverse, les employés et les ouvriers « non qualifiés » sont ceux qui en utilisent le moins. Pour autant, respectivement 15 % et 8 % d’entre eux utilisent malgré tout plus de la moitié des compétences sondées. Plus précisément 41 % des ouvriers « non qualifiés » mobilisent entre 11 et 30 compétences alors que 32 % des ouvriers qualifiés n’en utilisent que 10 et moins… L’étude permet donc de prendre la mesure des zones d’incertitude des frontières construites par les nomenclatures statistiques de l’emploi. Ainsi 28 % des professions intermédiaires utilisent plus de 30 compétences dans leur travail au même titre que les agriculteurs dont on sous-estime souvent le niveau de qualification. L’étude permet également d’avoir une appréciation pour chaque catégorie socioprofessionnelle de la fréquence d’utilisation des 11 catégories de compétences évoquées plus haut. De tous ces éclairages il ressort que les ouvriers qualifiés ou non et les employés peu qualifiés ont un degré très faible d’utilisation des TIC et de la numératie. Bref il s’agit d’une étude passionnante qu’i l faut saluer comme telle et qui permet d’avancer dans la compréhension de l’évolution des différents éléments qui fondent la qualification professionnelle des personnes mais aussi leurs perspectives professionnelles.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA



[1] Programme for the International Assessment of Adult Competencies

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