Politique de l’emploi et politique économique

La nomination d’un nouveau Ministre du Travail et de l’Emploi est à nouveau l’occasion d’un débat sur le positionnement politique et stratégique de ce Ministère. En réalité c’est la nature de la politique de l’emploi qui est en question dans un modèle où, historiquement, le social et l’économique ont été trop souvent disjoints et opposés. Or les leçons de ces dernières décennies où l’on peine simultanément à réduire le chômage et à moderniser le système productif, militent pour une politique où l’intervention économique de l’Etat doit s’articuler avec la politique du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle.

Redynamiser le tissu économique, accompagner et promouvoir les innovations technologiques, amplifier la transition écologique, monter en gamme notre industrie, tous ces chantiers doivent être appréhendés en intégrant les problématiques du droit du travail, des statuts d’emploi et de la formation.

Cette approche nécessite une révolution culturelle du système d’acteurs chargé de ces questions dans les territoires, 90 % des problèmes d’emploi et de développement économique dépendent du dynamisme et de la cohésion des acteurs locaux et de la confiance qu’ils inspirent aux entreprises et aux chômeurs.

En découplant l’économique du social on accentue les tensions entre ces deux volets alors qu’il s’agit de les rapprocher. Par ailleurs il semble nécessaire d’avoir une cohérence entre la façon dont on analyse le fonctionnement de l’économie à l’heure des défis environnementaux et les options prises en matière de formation professionnelle et de contractualisation du travail. Le débat sur le contrat de travail unique à géométrie variable ne peut pas se réduire à un questionnement juridique ou à une hypothèse idéologique où les employeurs sont par nature des prédateurs des salariés.

Le social n’est pas antagonique au développement économique mais il est d’autant plus intégré et accepté qu’il se reconstruit en tenant compte des contraintes économiques et des transformations technologiques et organisationnelles. Le choix de monter en compétences le contenu des emplois nécessite une politique de formation ambitieuse. Par contre subventionner les emplois peu qualifiés et entretenir, de fait, les segments les plus archaïques de l’économie au nom de l’insertion des chômeurs est non seulement onéreux et illusoire mais vient saper toute ambition éducative et promotionnelle. C’est en qualifiant les emplois que l’on donne des perspectives de progression sociale et professionnelle aux salariés mais aussi aux chômeurs. Mais c’est aussi en qualifiant les emplois que l’on redresse une économie, que l’on produit de la qualité et que l’on gagne des marchés.

Les politiques de surproductivité fondée sur des modes d’organisation périmés et des produits de mauvaise qualité ont dégradé l’environnement et la santé des personnes. L’enjeu est aujourd’hui de concilier des systèmes de production socialement et écologiquement responsables et des systèmes de travail permettant de résorber le chômage de longue durée qui est le principal mécanisme d’éviction de millions d’actifs. Il y a des centaines de chantiers locaux à ouvrir autour de la transition écologique permettant de mobiliser les chômeurs de longue durée. Cette orientation suppose de « l’imagination de terrain » et des assouplissements en matière de contractualisation du travail et de garantie de revenus. Le garde-fou d’une telle orientation réside dans la force d’un dialogue social  enraciné dans l’économie locale mais aussi capable d’influencer la construction européenne.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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