CPF…Attention à l’amnésie…

Un certain nombre de chiffres sont publiés pour attester de la montée en charge du Compte Personnalisé de Formation (CPF). Ainsi, au 2 août, 1,65 million de comptes ont été ouverts sur le site, 75.650 dossiers de formation ont été créés et 21.361 dossiers validés, selon des données de la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP). Dans le détail, 12.663 demandeurs d’emploi (59%) ont obtenu une formation, contre 8.698 salariés (41%). En attendant l’évaluation des formations ainsi obtenues par ce dispositif (qui ne saurait se limiter à l’acquisition de certifications mais aussi à la prise en compte des taux de réussite des personnes engagées), il est nécessaire de rappeler un certain nombre de paramètres.

Rappelons d’abord que les bénéficiaires sont les salariés du secteur marchand (17,3 millions) et les demandeurs d’emploi (5,4 millions de catégorie A, B et C). Rappelons aussi que la réforme avait comme objectif un élargissement de l’accès à la formation qui devait favoriser les actifs les moins qualifiés. Il est donc essentiel d’avoir comme information systématique la catégorisation sociale et professionnelle des personnes :

  1. qui ont créé un compte,
  2. qui ont réalisé un dossier (projet de formation),
  3. dont le projet a été accepté,
  4. qui ont suivi effectivement cette formation,
  5. qui en ont tiré bénéfice…

Sans un tel suivi, il sera impossible de savoir si ce dispositif a permis de régler non seulement la question de l’accès des moins qualifiés à la formation mais surtout de son utilité en termes de progression professionnelle souhaitée. Plusieurs décennies de remaniements décevants de la loi de 1971 (sur la formation continue) doivent inciter à l’entretien de la mémoire, à la modestie et à la prudence. Si le CPF s’avérait un dispositif encore plus discriminant que les précédents pour les moins qualifiés, il faudrait rapidement mettre un terme à cette expérience et revenir à des principes de conception des dispositifs de formation en phase avec les réalités sociales et la façon dont les moins qualifiés envisagent leur avenir professionnel. C’est la question du conseil en évolution professionnelle qui est l’élément moteur de l’usage de la formation continue. L’autre volet étant la clef de répartition budgétaire destinée à développer une offre de formation de qualité pour les moins qualifiés en phase avec les transformations du système productif, les compétences et les qualifications professionnelles.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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