Des signaux à prendre en compte !

« L’académie de Nantes compte 26 700 apprentis fin 2014, soit une baisse de 1 600 par rapport à 2013 (-5,7 %). Seules les formations supérieures de niveau I et II continuent à accueillir un nombre croissant de jeunes, les autres niveaux accusant une forte diminution, en particulier le niveau V. Pour la deuxième année consécutive, on observe en effet un recul des entrées en apprentissage après la classe de troisième. La région des Pays de la Loire, à forte tradition d’apprentissage, n’échappe donc pas à la réduction du nombre d’apprentis. » (Bulletin  du SEPP de l’Académie de Nantes n° 4 – Juillet 2015). La diminution des effectifs de l’apprentissage aux niveaux V, IV et III dans une région où ce dispositif était traditionnellement développé, témoigne de la dégradation de notre système de formation professionnelle initiale de base.

Comme l’indique l’étude pré-citée, la principale cause de cette situation vient de la décroissance des entrées post-troisième. C’est dire aussi que l’apprentissage n’est plus, depuis longtemps, une option pour les jeunes en insertion ayant quitté prématurément l’école. En scolarisant l’apprentissage, on en a fait une filière sélective qui s’est reconstruite autour des niveaux supérieurs au détriment des formations de base. Or celles-ci sont supposées répondre aux besoins en compétences et en qualification des entreprises dans le champ des emplois d’ouvriers, d’employés et de techniciens. Ainsi la montée du nombre d’employés (5,5 millions d’emplois de niveau V et IV majoritairement occupés par des femmes) et la réduction des emplois ouvriers (3,5 millions d’ouvriers qualifiés) dans le secteur marchand a réduit les cibles traditionnelles de l’apprentissage. Rappelons qu’au niveau V et IV les filles sont très minoritaires chez les apprentis (25,5 % en Pays de la Loire), ce qui témoigne d’un certain décalage entre la structure des CFA et le système économique. Mais là n’est l’essentiel…

Le choix des années 80 et 90 de massifier l’enseignement secondaire et supérieur sans procéder à une refondation de l’enseignement professionnel et des diplômes professionnels autour de l’apprentissage, a produit de nombreux effets pervers. Ainsi, dans un contexte de modernisation de l’appareil productif et de chômage de masse,  il était notamment nécessaire de rationnaliser et d’unifier l’appareil de formation initiale dédié aux métiers de la production. Le maintien de deux appareils de formation (lycées professionnels et CFA), plus concurrents que complémentaires, auquel on a ajouté des milliers d’organismes de formation liés aux programmes post-scolaires destinés aux jeunes (alternance, stages-jeunes, etc.), a entravé la modernisation et l’attractivité des filières de formation aux techniques industrielles et métiers d’ouvriers et de techniciens de production.

Par ailleurs la stratégie inflationniste de poursuite d’études, présentées comme remède au chômage des jeunes, a nourri les représentations erronées de l’emploi : sur 25,7 millions d’emplois les emplois de niveaux V, IV et III pèsent plus de 18 millions !!! Les seuls emplois d’ouvriers et d’employés dépassent les 10 millions ! Faute d’une alternative portée par les partenaires sociaux qui ont finalement souscrit aux conceptions étatiques, les familles, les jeunes et les entreprises ont adopté des « stratégies » d’adaptation erronées qui ont amené au chômage d’exclusion les jeunes peu ou non diplômés, au déclassement de nombreux jeunes diplômés du supérieur et, paradoxe des paradoxes, aux difficultés de recrutement et de fidélisation des petites et moyennes entreprises. Il est urgent de procéder à un diagnostic partagé et lucide de cette situation afin de travailler à une réforme de fond de notre enseignement professionnel, condition d’ailleurs d’un repositionnement pertinent de la formation qualifiante des adultes.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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