Qui a envie de se former ?

Les déboires du Compte Personnalisé de Formation (CPF) ont d’abord comme origine une absence d’analyse systématique des attentes des actifs à l’égard de la formation. Une étude (non renouvelée depuis) sur ce sujet (DARES – Premières synthèses – Mars 2003) recensait plusieurs types d’attente des personnes à l’égard de la formation : une attente d’adaptation à l’emploi, très majoritaire, qui oscillait entre 85 et 90 % selon les classes d’âge et d’autre types de besoins, beaucoup plus minoritaires (obtenir un emploi, changer de métier ou acquérir un diplôme, besoins extrinsèques par rapport au travail). http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/publication_pips_200303_n-12-1_seniors-formation-continue.pdf

Outre le fait que ces attentes pouvaient être simultanées puisqu’elles n’étaient pas opposables les unes aux autres, cet éclairage (vraisemblablement proche de la situation actuelle) permet de mesurer le malentendu qui sous-tend le CPF dont l’objet n’est pas l’adaptation à l’emploi qui est la préoccupation majeure des salariés mais aussi des employeurs, mais un créneau très marginal si on l’aborde selon la même logique de temporalité que l’adaptation à l’emploi. L’adaptation professionnelle est permanente et donc reconductible dans le temps alors que l’accès à une nouvelle qualification est conjoncturelle (la même personne n’a pas ce besoin chaque année).

L’idée que les salariés préfèrent des formations d’adaptation à des formations qualifiantes découle pourtant de ce type de confusions et entretient des représentations parcellaires, unilatérales ou erronées accentuées par le recours aux pourcentages. Cet usage induit une appréciation très litigieuse dans la mesure où l’attente de formations ambitieuses mais personnelles et ponctuelles (changer de métier ou accéder à un diplôme) apparaît très minoritaire (5 % en moyenne), lorsqu’on la compare à des attentes permanentes et collectives. En fait la traduction de ce type d’estimation en chiffres absolus pour les seuls ouvriers et employés permet de prendre la mesure de l’effort à fournir en matière de formations « qualifiantes » (contributives à des évolutions professionnelles conséquentes). Si on considère, comme l’étude l’évoque, qu’à un instant T, 3 % de salariés souhaitent suivre une formation pour changer d’emploi cela représente quand même 300 000 personnes sur 10 millions d’ouvriers et d’employés du privé. Si 4 % veulent obtenir un diplôme, c’est 400 000 ouvriers et employés qui sont concernés.

On peut donc estimer qu’environ  6 à 700 000 ouvriers et employés sont demandeurs de formations « qualifiantes », c’est-à-dire une demande 20 fois supérieure à l’offre annuelle de formation qualifiante pour les salariés de ces catégories essentiellement assurée par le congé individuel de formation. La même proportion (7 %) appliquée aux chômeurs donne un chiffre de 420 000 personnes sur les 6 millions d’inscriptions annuelles à Pôle Emploi, ce qui est une fourchette basse compte-tenu du fait que le chômage incite fortement certains à envisager un changement radical de métier ou à monter en qualification. On obtient donc un total qui dépasse le million d’actifs, ce qui relativise la cible du CPF (24 millions !) mais nécessite un calibrage à la fois réaliste et ambitieux.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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Un commentaire pour “Qui a envie de se former ?”

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