Sortir des fatalismes et des déterminismes.

Le rapport au travail semble s’être délité, les causes en sont nombreuses : le chômage de masse et de longue durée s’est installé et les modernisations du système productif ont minoré les enjeux de la qualité de vie au travail et de la qualité du travail. Cette tenaille enserre particulièrement les nouvelles générations et les seniors. Aux plus jeunes, il est proposé la prolongation des études afin d’éviter le chômage ou d’occuper les emplois du bas de l’échelle en début de vie active, aux seconds, il est suggéré d’allonger leur temps de vie au travail (d’abord pour équilibrer les régimes de retraite !!!) mais dans une logique de dévaluation de leurs acquis d’expérience supposés obsolètes et peu transférables. Les litanies sur la société des connaissances et la fin du travail, qui s’alimentent au gré des innovations technologiques, interprétées comme autant de processus d’obsolescence des compétences humaines, entretiennent le pessimisme grandissant d’une partie de la population et alimentent les thèses obscurantistes et rétrogrades.

Les médias amplifient ces phénomènes et se cristallisent sur les épisodes les plus mortifères des tensions sociales, économiques et culturelles. Les systèmes éducatifs et formatifs, supposés ne pas céder aux leurres et aux inepties, peinent à jouer leur rôle face à leur déversement par l’entremise des réseaux « sociaux » et d’internet qui devient la référence dominante du savoir. Cette difficulté tient à leur place dans les transformations économiques et sociales, une place où ils sont consignés en amont ou en aval mais très faiblement en synergie et en interaction. Les enseignants ou les formateurs sont-ils condamnés à être les commentateurs d’un monde qui se transforme quelquefois plus vite que les processus de formalisation et de transmission des savoirs ? Si le système éducatif mettra du temps pour jouer un rôle plus dynamique dans les évolutions de la société, la formation continue va devoir quitter les anciens modèles autocentrés pour réintégrer la sphère économique et sociale comme élément réflexif et critique. Il ne faut pas se tromper sur le concept de formation intégrée au travail (FIT) : une conception réductrice, consistant à faire des systèmes de formation des rouages passifs de reconduction des systèmes de travail, serait un retour en arrière.

Les formateurs d’entreprise doivent devenir des accompagnants des innovations, des transformations, de la mobilisation des salariés dans ces processus. Bref les systèmes de formation intégrés dans les organisations de travail doivent d’abord contribuer aux processus de désapprentissage et de réapprentissage permanent des salariés et des collectifs de travail dans le sens où Alvin TOFFLER (sociologue et futurologue américain) suggérait cette dynamique comme remède au décrochage social et professionnel. Il s’agit de retrouver un engagement collectif dans les mutations du travail.

Or cette capacité à assurer cette fonction conduit plutôt à éviter l’option du formateur « à plein temps » qui s’éloigne tendanciellement des activités professionnelles pour un statut de spécialiste des savoirs professionnels. De ce point de vue le tuteur qui assurer un rôle d’intégrateur dans le travail est un profil plus adapté aux enjeux de demain que le formateur professionnel. Il faudra donc penser des organisations de travail qui favorisent les espaces consacrés aux interactions et aux processus de formation et qui définissent et valorisent les fonctions de formateurs occasionnels. Ces options seront les meilleurs garde-fous aux modernisations technocratiques menées sans le concours des salariés en place.

Par ailleurs la dynamique entrepreneuriale fondée sur des nouveaux modes relationnels, collaboratifs, coopératifs et apprenants, débarrassés des carcans hiérarchiques archéo-tayloriens, permet d’envisager avec optimisme les évolutions des tissus économiques locaux. Le principal écueil à ce mouvement tient dans la sous-estimation des synergies inter-générationnelles tant on a communié à la supposée identité entre nouvelles technologies et nouvelles générations mais cet obstacle commence à être dépassé… Bref l’avenir n’est pas tracé et l’éventail des possibles n’a jamais été aussi important.

Paul Santelmann, Directeur de la veille pédagogique à l’AFPA

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