Pour y voir clair dans le champ des formations qualifiantes…

Le retour en force de la dimension certifiante dans les débats sur la formation en cours de vie active mérite quelques explications. Il faut d’abord rappeler que faute d’une politique de formation promotionnelle des adultes clairement assumée par l’Etat, le paysage français de la certification professionnelle est illisible. Ce paysage relève d’une incroyable diversité qui passe généralement pour une manifestation de libéralisme et d’inventivité mais qui s’avère pour les principaux intéressés (les personnes souhaitant se former) comme un dédale kafkaïen.

Résumons la situation : en dehors des Conseils régionaux qui disposent d’une compétence de droit commun dans le champ de la formation post-scolaire et de Pôle Emploi qui est supposé contribuer à la formation des chômeurs, les Ministères, les branches professionnelles et les organismes de formation peuvent élaborer des certifications professionnelles indépendamment de leur portée concrète dans le champ formatif. Un même organisme de formation peut ainsi préparer par la voie formative :

  • ses propres titres soumis et enregistrés au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP),
  • les diplômes de l’Education Nationale par la voie de l’inscription des personnes formées comme candidats libres aux épreuves des diplômes en question,
  • les titres professionnels du Ministère du Travail après avoir obtenu un agrément de l’Etat (DIRECCTE),
  • les CQP de branches,
  • des diplômes ministériels divers après l’obtention d’habilitation ou d’agrément relevant de logiques spécifiques.

Cette possibilité peut être présentée comme l’expression d’une grande souplesse quant aux prérogatives des organismes de formation mais elle témoigne surtout d’une grande confusion en matière d’usage des différents types de certifications. Car l’accès à ces milliers de diplômes, titres ministériels, titres RNCP et CQP, ne possède aucun lien de cohérence avec les différents dispositifs et programmes s’adressant aux adultes puisqu’ils ne dépendent pas des valideurs et des certificateurs. Chaque programme ou dispositif (contrats de professionnalisation, congé individuel de formation, CPF, programmes qualifiants des régions ou de Pôle Emploi) permet d’accéder à toutes les certifications comme si celles-ci étaient interchangeables et possédaient les mêmes vertus et finalités !

Résumons donc la situation : des milliers d’organismes de formation peuvent intervenir sur tous les dispositifs « qualifiants » existants (sous réserve d’être retenus par les différentes procédures d’achat) et préparer tout type de certification selon des critères qui échappent aux bénéficiaires et qui, bien souvent, correspondent aux formats imposés par les financeurs, notamment en termes de durée de formation. En l’occurrence les institutions « certificatrices » (Ministères, Education Nationale ou branches) n’ont guère de prise sur la conception des dispositifs de formation à vocation « qualifiante » et n’ont pas plus d’influence sur la structure et le pilotage de l’appareil de formation concerné. En clair une certification professionnelle en phase avec les besoins en compétences des entreprises peut très bien n’être préparée par aucun organisme de formation alors que des certifications obsolètes peuvent être préparées par des dizaines d’opérateurs…

L’arrivée des listes de certifications éligibles au compte personnalisé de formation (CPF) élaborées par le COPANEF et les COPAREF dans ce paysage déjà obscur témoigne d’une fuite en avant dans la complexification de notre système de formation post-scolaire mais permettra peut-être d’en être le révélateur. Une telle prise de conscience favoriserait peut-être une réforme fondée sur la cohérence à trouver entre certifications et dispositifs de formation et la prise en compte des usagers.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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4 commentaires pour “Pour y voir clair dans le champ des formations qualifiantes…”

  1. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...]   [...]

  2. POURE Jérôme dit :

    Bonjour,
    Plusieurs remarques suite aux différentes échanges :
    Le focus doit se focaliser non pas sur qui fait quoi mais plutôt comment on fait et pourquoi ! Ex : ce sont les compétences visées par les bénéficiaires qui comptent et seulement elles; du coup si les organismes certificateurs maitrisent leurs certifications (ce qui n’est pas toujours le cas) il n’y a pas de raisons de s’inquiéter de la pluralité des intervenants (un OF qui forme , une branche un ministère qui certifie); le plus important est de s’assurer quelles compétences sont certifiées et d’être bien certain qu »elles soient maitrisées tel que le marche de l’emploi l’exige; C’est seulement dans ce cas que l’on peut reconnaitre ou non la légitimité d’un organisme de formation à développer des compétences et la légitimité d’une certification par le biais de la compétence d’évaluation du certificateur.

  3. Noémie Danan dit :

    Bonjour,
    Je dispense des formations en ligne et pour chaque sorte de formation, aide à la personne, CAP petite enfance, hygiène alimentaire j’ai du m’adresser à des instances différentes pour les faire reconnaître.
    Et lorsqu’on veut voir si une formation est répertoriée au CPF, chaque région a son fonctionnement et son numéro de code, et aucune information cohérente aux niveaux des ministères. J’ai tenté de poser la même question à plusieurs personnes « compétentes  » dans les DIRECCTE des différentes régions. Je n’ai eu aucune réponse concrète!
    Et pourtant notre formation est complète avec des quizz après chaque chapitre .

  4. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] la pertinence des certificats préparés.  [...]

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