Rêvons un peu…

Notre système de formation continue se développe en circuit fermé depuis plusieurs décennies et entretient ainsi ses limites et son obsolescence. Les dispositifs se succèdent dans l’indifférence générale (CFI, DIF, CIF, CP, PDF, CPF, etc.) des salariés et des chefs d’entreprise qui ne retiennent que les focalisations médiatiques sur les 35 milliards de la formation continue. La FPC serait ainsi une sorte de puit sans fond où serait englouti ce pactole dont personne ne semble capable de cerner la valeur ajoutée que ce soit sur le plan social ou économique.

Tout cela témoigne d’une perte de repères sur le fonctionnement basique de tout système de formation professionnelle. Disons-le d’emblée : ce ne sont pas les dispositifs ou les demandes individuelles de formation qui génèrent des organismes de formation efficaces ou qui conditionnent la qualité de l’offre de formation. La notion même de demande de formation n’a guère de sens. Ce qui sous-tend cette demande ce sont des perspectives ou des projets professionnels qui renvoient à des contenus de formation contributifs à leur réalisation. Or ces contenus découlent de la capacité des organismes de formation à identifier, capter, formaliser et traduire en termes de compétences les pratiques professionnelles en œuvre dans les entreprises ! L’acquisition de savoirs professionnels ne vaut que si elle est reconnue comme telle par le monde du travail. Les compétences acquises en formation ne valent pas par elles-mêmes mais par leur mobilisation dans l’acte professionnel.

L’intérêt des apprenants passe donc par la réunion d’éléments qui conditionnent la valeur ajoutée des organismes de formation et dont l’essentiel passe par leurs ressources et leurs liens avec le système de production : un contrôle social paritaire, une ingénierie de formation intersectorielle basée sur l’analyse du travail, des services d’études centrés sur les innovations technologiques et les organisations du travail, des espaces d’apprentissage innovants organisés autour du numérique, des labos de production audiovisuels, un rapport de confiance avec les entreprises, des formateurs expérimentés et reconnus dans les milieux professionnels, un partenariat avec les structures de formation des entreprises, une implication dans les systèmes d’apprentissage et le recrutement des jeunes et des chômeurs, des structures d’orientation, une implantation territoriale adaptée avec des centres organisés en réseau, combinant des formateurs permanents et des formateurs référencés d’entreprises, des liens avec les Universités, etc. Bref un paysage très éloigné de l’appareil de formation continue français, atomisé, fragmenté et réduit à une fonction de production d’heures-stagiaires dans un cadre prescriptif et administratif anémié.

La pertinence et la qualité de l’offre de formation procèdent donc de processus qui n’ont pas grand chose à voir avec la production d’un service individuel réduit à un forfait d’heures de stage. Un système de formation professionnelle relève d’abord d’une fonction sociale et économique d’accompagnement des entreprises, des salariés et des territoires dont la principale mission d’intérêt général est d’éviter que le développement économique et technologique ne se fasse qu’aux profit des plus diplômés et des grands groupes. Or cette mission suppose des prestations « haut de gamme » et des fonctions structurelles permanentes que quasiment aucun réseau de formation des adultes en France n’a, aujourd’hui, les moyens de développer. Mais sommes-nous condamnés à continuer de rêver ?

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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Un commentaire pour “Rêvons un peu…”

  1. SEROR dit :

    Bonjour
    En effet, très juste et difficile à faire évoluer cette fameuse formation continue… il n’y a pas que la formation qui se doit d’être continue.
    L’évolution et la carrière également.
    Toute au long de la vie professionnelle le principe de formation se doit d’être considéré au delà des principes administratifs.
    Cdt
    Georges SEROR

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