Autoformation et rôle des organismes de formation

Le développement pluridimensionnel et multi-spatial de l’accès aux savoirs par le biais des différents usages du numérique est en train d’optimiser à une échelle inédite les dynamiques d’auto-apprentissage et d’échanges de savoirs. On assiste notamment à une démultiplication des canaux d’autoformation facilitant les stratégies individuelles. On constate également l’émergence d’espaces collaboratifs favorisant des processus plus collectifs d’apprentissage non institutionnels. Ces  différentes formes d’organisation émergent aussi dans les entreprises qui ont choisi d’investir dans des fonctions formatives intégrées à la faveur d’organisations de travail apprenantes ou qualifiantes. Ces initiatives portent en elles des atouts indéniables en termes d’ouverture vers les lieux de production de savoirs utiles au ressourcement et à l’innovation. Dans ces conditions, quel peut être le rôle dévolu aux organismes de formation « traditionnels »  ?

Ces évolutions témoignent de processus sociaux irréversibles qui réduisent d’autant la sphère des dispositifs institutionnels reproduisant les univers de la formation initiale dans le champ de la formation des actifs. Mais réduction ne veut pas dire disparition. Les phénomènes évoqués induisent une mutation des organismes de formation et, dans le cas de la France qui a hypertrophié et atomisé l’appareil de formation continue, une rationalisation qui résultera de la contraction du marché de la formation. Cette mutation des organismes de formation sera difficile puisqu’il s’agit de faire la preuve de sa valeur ajoutée entre le système éducatif et l’univers du numérique qui sera organisé par des opérateurs indifférents à la valeur des savoirs. Ce dernier point permet d’identifier un des axes de refondation des organismes de formation qui vont devoir monter en compétences dans la captation, l’analyse et l’interprétation des transformations du travail et des innovations technologiques et organisationnelles. Le deuxième axe, lié aux démarches d’alternance, sera d’accompagner les systèmes formatifs des entreprises en matière d’ingénierie pédagogique et de conception de démarches de facilitation, de valorisation et de certification des apprentissages des salariés.

Par ailleurs une partie importante de la population active n’est pas dans une posture d’autoformation faute de perspectives professionnelles. Compte-tenu des déficiences de l’orientation professionnelle « tout au long de la vie » l’appareil de formation continue va devoir développer des prestations centrées sur l’appropriation des TIC et des nouvelles techniques de travail, les propriétés des nouveaux matériaux, les innovations organisationnelles et technologiques, etc. L’identification des compétences-clef des personnes nécessitera également beaucoup plus d’espaces de simulation, de mises en situation, de cas pratiques…

Un quatrième axe réside dans le développement de modules de perfectionnement professionnel ciblé sur les compétences « intermédiaires » liées aux applications pratiques des nouvelles technologies dans les différents métiers. Le cinquième axe relève de l’accompagnement des transitions professionnelles et de l’approfondissement des travaux relatifs aux conditions de transférabilité des savoirs et des compétences. Cet objectif pouvant concourir à renforcer les capacités des individus à se construire des stratégies d’apprentissage autonomes.

Les créneaux de repositionnement des organismes de formation professionnelle ne manquent pas encore faut-il que les politiques institutionnelles contribuent à les promouvoir.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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