De l’usage de la formation par les entreprises

L’abandon partiel de l’obligation légale de financement de la formation continue par les entreprises (suppression du 0,9 % correspondant au plan de formation) va modifier les représentations qui sous-tendaient l’ancien système. Ces représentations idéologiques supposaient que l’effort formatif des entreprises pouvait être organisé sous l’angle de la reconduction, de la diminution ou de la progression annuelle des dépenses de formation. Ainsi les grandes entreprises ont été considérées, selon cette approche, comme « très formatrices » (dépenses régulières et supérieures à l’obligation légale) et les petites et moyennes entreprises ont été pointées comme « faiblement ou moyennement formatrices ».

La corrélation entre ces appréciations et d’autres indicateurs ont rarement été réalisée. Par exemple, les grandes entreprises « très formatrices » sont-elles plus performantes ou innovantes, toute chose étant égale par ailleurs, que les entreprises de taille moyenne ou les TPE ? Les salariés des TPE sont-ils moins productifs ou compétents que ceux des grandes firmes ? On pourrait multiplier les questionnements et l’on s’apercevrait que l’usage de la formation professionnelle continue (FPC) dans une entreprise n’obéit pas à des considérations administratives de reconduction annuelle de dépenses mais à des objectifs et des besoins qui ne peuvent être que ponctuels et différenciés selon les périodes. D’autre part le nombre de salariés concernés est un élément déterminant de l’intensité d’usage de la FPC.

Une entreprise « normale » mobilise la formation en fonction de ses projets de développement, de ses changements organisationnels, de l’introduction de nouveaux équipements ou de nouvelles techniques et de la nécessité de développer la polyvalence, l’adaptabilité et la pluri-compétence de ses salariés. Or plus une entreprise est petite plus l’usage de la formation continue est distendu alors qu’une grande firme voit se succéder de nombreux projets et objectifs nécessitant une mobilisation plus régulière de la formation (des éclairages sectoriels et technologiques pourraient compléter et illustrer cette hypothèse). A l’évidence une entreprise qui compte plusieurs milliers de salariés est confrontée à un usage plus systématique de la FPC  et d’ailleurs de toutes les fonctions RH (gestion des carrières, recrutement, remplacement, etc.) qu’une TPE.

Si une TPE ne fait appel à des prestataires ou des organismes de formation que tous les 3 ou 4 ans, ce n’est pas qu’elle est peu formatrice mais qu’elle n’a pas de raison objective de refaire les mêmes formations tous les ans ou de financer des formations qui ne servent à rien et à personne… L’obligation légale d’utilisation des fonds de la FPC n’avait donc que peu d’intérêt pour les petites entreprises, quant aux grandes firmes, elles n’avaient pas besoin d’obligation réglementaire pour financer d’avantage de formations (comme cela se passe dans tous les pays de même niveau économique que la France).

Il faudra donc s’habituer à des temporalités et des rythmes d’usage (et donc d’achat) de la FPC différents selon les tailles d’entreprises mais aussi selon les secteurs et même les territoires… Par contre il sera nécessaire de construire des indicateurs de corrélation entre l’usage de la formation et la conquête de marchés, les innovations, les réorganisations du travail, les modes et les profils de recrutement, la gestion des carrières et le turn over de la main d’œuvre… Bref à appréhender de façon intelligente l’usage de la FPC par les entreprises… Ce qui obligera d’ailleurs à s’occuper sérieusement de l’usage de la formation par les personnes…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

 

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