Quelles priorités pour la formation des chômeurs ?

Selon une étude récente de la DARES (Analyses n° 030 – avril 2015), en 2013, 251 000 jeunes sans emploi de moins de 26 ans et 277 000 chômeurs âgés de 26 à 44 ans ont bénéficié d’une formation. Cette répartition est symptomatique d’une absence de stratégie et de coordination des différents financeurs de la formation des chômeurs (État, régions, Pôle emploi, OPCA, etc.). Alors même que l’on peine à développer l’apprentissage qui s’avère la réponse la plus efficace pour combiner la formation et l’insertion professionnelle des jeunes, le « surdéveloppement » de stages-jeunes (faiblement articulés à l’entrée en apprentissage) témoigne de représentations erronées quant à l’efficacité supposée de ces formules. Cette situation reflète également la sous-estimation des besoins en formation des chômeurs plus âgés dont l’expérience professionnelle ne suffit plus à garantir le retour à l’emploi.

La formation des chômeurs devrait concerner prioritairement celles et ceux qui, à mi-carrière, sont issus de métiers en déclin, qui souhaitent changer de métier ou progresser professionnellement à l’occasion d’une période de chômage. Ce n’est pas 270 000 chômeurs qui sont concernés par ces trois options mais le double sinon plus ! Le chômage doit devenir l’occasion d’un tournant professionnel majeur pour de nombreux ouvriers et employés. Il ne s’agit pas seulement de se fixer des objectifs de formation ambitieux pour cette population mais de donner un signal fort aux entreprises à travers la qualité et la pertinence des formations qualifiantes mises en œuvre.

L’objectif du retour rapide à l’emploi (à n’importe quel type d’emploi) par des formations courtes est une illusion dans la plupart des cas. Elle est confirmée par la massification du chômage de longue durée et la précarisation galopante d’une partie des moins qualifiés. Sans montée en compétences et en qualification des chômeurs la politique de l’emploi est amputée d’un levier essentiel. Il faut toujours avoir à l’esprit que 50 % des offres d’emploi sont pourvues par des salariés qui changent d’entreprise. Les chômeurs subissent une pénalisation à l’embauche qui ne peut être compensée que par une valorisation de leur expérience (meilleur usage de la VAE) et par un recours à des formations à valeur ajoutée (apprendre un nouveau métier ou acquérir un niveau de qualification supérieur). Or 49 % des formations destinées aux chômeurs durent moins de trois mois et ne font l’objet d’aucune évaluation qualitative.

Comme nous l’avons déjà évoqué le périmètre des formations susceptibles de mener à un diplôme ou un titre professionnel (180 000 entrées) ne permet pas de garantir l’existence d’un appareil de formation en phase avec les transformations de l’appareil productif et les besoins en compétences des entreprises innovantes ou en développement.

De même les données fournies par la DARES ne permettent pas de différencier les formations visant des mobilités horizontales et celles qui ont contribué à élever le niveau de qualification des chômeurs. La répartition sectorielle et professionnelle des diplômes et des titres délivrés dans le cadre des formations destinées aux chômeurs permettrait également de mieux appréhender leur pertinence et leur adaptation aux besoins des entreprises. Par ailleurs, comme l’avait souligné le CNFPTLV (aujourd’hui CNEFOP), dans une étude de décembre 2012, il faut s’interroger sur les disparités de financement des formations destinées aux chômeurs que ce soit par les financeurs nationaux (Etat, OPCA ou Pôle Emploi) que par les Conseils régionaux. Il est notamment essentiel de vérifier l’hypothèse d’une durée des formations inversement proportionnelle au niveau de la tarification à l’heure/stagiaire. Une hypothèse qui viendrait pénaliser les formations qualifiantes et les ingénieries qu’elles sous-tendent au profit des formations « courtes » de retour à l’emploi… Il y a donc urgence à remettre à plat cet ensemble disparate en termes de publics cibles et d’objectifs adaptés aux besoins de l’économie.

Paul Santelmann, directeur de la veille pédagogique à l’AFPA

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