Le champ de responsabilité des certificateurs

Les principes qui sous-tendent le Compte Personnalisé de Formation (CPF) demeurent lacunaires au regard de la responsabilité des institutions et structures responsables de la délivrance des différentes certifications (diplômes, titres, CQP). D’abord ces structures n’ont pas la même nature au regard de leur rapport aux bénéficiaires des prestations supposées préparer les différentes certifications (formations qualifiantes, VAE, attestations, équivalences, passerelles, etc.). Une certification propre à un opérateur de formation (certains titres du RNCP) ou à une branche professionnelle (CQP) relève-t-elle des mêmes logiques et finalités qu’un diplôme professionnel ministériel  ?

La formation professionnelle des adultes n’a jamais relevé d’un service public spécifique. Elle a pu être rattachée par défaut aux services publics de l’éducation ou de l’emploi mais n’a jamais obéi à une doctrine particulière. Mais elle n’a pas non plus été clairement intégrée dans le champ du paritarisme qui s’est vu confié la gestion des fonds mutualisés de la formation continue mais avec la conséquence paradoxale d’une interdiction d’articuler cette gestion à la construction et au pilotage d’un appareil de formation aux service des entreprises et des salariés[1].

C’est une forme administrée de la concurrence qui s’est finalement imposée comme modalité d’émergence des organismes de formation se substituant progressivement aux logiques de financement direct (subvention) par les pouvoirs publics. En réalité cette évolution est intimement liée à une approche indifférenciée des formations mises en œuvre en direction des adultes y compris celles donnant lieu aux différents types de certifications. En quelque sorte les règles du marché et les logiques des financeurs se sont imposées aux certificateurs ministériels ou paritaires dépossédés de toute prérogative quant au pilotage, au contrôle ou à la régulation des organismes de formation supposés préparer à leurs certifications…

Pour être clair, en dehors de l’enseignement supérieur, la maitrise institutionnelle d’un système de validation ou de certification professionnelle est indépendante des leviers et des conditions de création et de développement des formations qualifiantes destinées aux adultes que ce soit sous l’angle budgétaire, organisationnel ou pédagogique. Or l’accès des adultes aux différentes certifications dépend d’abord de l’existence d’organismes de formation et de toute une série de conditions concrètes qui sont essentiellement définies par des financements régis par des considérations court-termistes et conjoncturelles. Même la VAE dépend d’une logistique fortement tributaire d’opérateurs maitrisant le contenu de référentiels de certification et capables de mobiliser des ressources, des prestations et des jurys.

Le contenu des certifications induit des normes de formation en termes de durée, de modalités, de contenus, de méthodes pédagogiques, de ressources et de matériel (donc de budget structurel) ou de qualification des formateurs. Ces normes sont autant d’engagements de la part des certificateurs à l’égard des personnes prioritaires quant aux conditions de leur réussite. Une formation qualifiante pour les adultes faiblement qualifiés est un fusil à un coup compte-tenu du périmètre très restreint d’accès à ces formations. Le CPF va donc être un révélateur de la disjonction entre l’univers virtuel des certifications (très large) et l’univers réel des formations qualifiantes (très étroit). Ce décalage a déjà considérablement réduit le nombre des formations qualifiantes nécessitant des investissements importants en matériel, ressources et techniques (notamment dans les filières industrielles), il a, au contraire, multiplié les formations à faible coût et à faible valeur ajoutée sans évoquer la précarisation croissante des formateurs intervenant auprès des publics les moins qualifiés. Cette situation permettra peut-être d’ouvrir les yeux sur les conditions d’efficience et de qualité d’un appareil de formation qualifiante destiné aux adultes.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA



[1]Ce paradoxe n’était pas nouveau puisque l’Etat avait interdit (Ordonnance du 7 Janvier 1959) aux partenaires sociaux, gestionnaires de l’assurance-chômage (UNEDIC), d’organiser les services de placement et de formation des chômeurs et s’était attribué cette fonction avec la création de l’AFPA en 1966 et celle de l’ANPE en 1967.

 

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