Redéfinir l’orientation professionnelle continue

Parmi les projets gouvernementaux relatifs à la formation, le conseil en évolution professionnelle est présenté comme une étape nouvelle qui met en lumière les lacunes antérieures en matière d’orientation professionnelle. Cette modification sémantique n’est pas anodine mais elle peut passer inaperçue si l’on ne lui donne pas une intention claire. L’abandon dans les années 80 de la dimension promotionnelle comme élément central et structurant de la formation professionnelle continue, a désorienté les orienteurs. Ceux-ci ont été entrainés vers des objectifs de plus en plus proches de ceux communément portés par les services de placement des chômeurs. Or l’intermédiation entre l’offre et la demande d’emploi relève d’une approche extrêmement réductrice de l’orientation professionnelle. De la même façon la formation a également été réduite à une fonction d’ajustement des éventuels décalages entre contenus des emplois proposés et profils des personnes.

Dans une période chômage massif, l’orientation professionnelle a comme objectif d’élargir les perspectives d’emploi des personnes en partant de leurs acquis et de leurs préférences au delà de ce que l’on peut savoir du marché de l’emploi. L’orientation professionnelle est une fonction structurelle qui fournit des données solides aux personnes en matière de compétences, qui analyse des tendances de fond quant à l’évolution des qualifications et des emplois et qui établit des diagnostics personnels d’employabilité et des repères en matière d’évolution professionnelle et d’investissement formation.

L’accompagnement vers l’emploi est une fonction conjoncturelle qui consiste à collecter les offres d’emploi, à analyser les besoins immédiats des entreprises en matière de compétences, à aider les personnes à avoir une stratégie de recherche d’emploi, à préparer des entretiens d’embauche, à aider à rédiger des CV ou des porte-folios, à informer sur la situation locale de l’emploi, etc.

L’orientation professionnelle suppose des temps de prestations plus longs que les fonctions d’intermédiation et une expertise plus large. Elle a essentiellement une fonction préventive et anticipatrice et s’inscrit dans les outils de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) du point de vue de l’intérêt des personnes. Elle demeure cependant le maillon faible de l’accompagnement des trajectoires professionnelles des personnes dans la mesure où la France a privilégié le recours à la formation comme principale modalité d’intervention en matière de mobilité. Or l’usage de la formation ne vaut que comme conséquence d’un diagnostic de besoins en amont. En affaiblissant les structures d’orientation professionnelle on a démultiplié les recours approximatifs à la formation, hypertrophié le nombre de prestataires de formation et plombé le recours à la VAE qui aurait pu être un prolongement judicieux des prestations d’orientation. La nature ayant horreur du vide, une génération de « coach » a occupé le terrain de l’accompagnement sans que l’on puisse évaluer clairement la valeur ajoutée de ces prestations auprès des publics les moins qualifiés qui devraient être, rappelons-le, la priorité de l’action publique…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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2 commentaires pour “Redéfinir l’orientation professionnelle continue”

  1. Baltus Benedicte dit :

    La formation professionnelle ne bénéficie principalement qu’aux cadres et les OPCA ONT UNE LOGIQUE FINANCIÈRE et refusent une promotion sociale aux salariés car durée de remise à niveau trop long. Nous avons raté l’opportunité d’avoir in outil pertinent contre le chômage. Bravo votre analyse apporte un éclairage très intéressant.

  2. Nathalie Gallard dit :

    j’étais devant des professionnels en séminaire de l’orientation et de la formation vendredi dernier afin de réfléchir ensemble sur « comment rendre accessible l’information sur la formation », » sur l’appétence pour la formation », « sur l’accompagnement vers la formation »..pour les publics des quartiers prioritaires rennais. La préoccupation première (il me semble) est d’aider les personnes défavorisées à entrer sur des dispositifs. Cela est tout à fait louable mais parfois peu adaptée car l’orientation tout au long de la vie ne peut rester à ce stade très systémique. Comme vous le dites, si le processus est en amont des difficultés , on doit repenser ce que veut dire l’orientation professionnelle tout au long de la vie. Dans tous les cas, vos questions font échos aux miennes que je souhaite approfondir dans le cadre d’une thèse de doctorat et je m’interroge : « pourquoi cela ne change pas ? »

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