Pourquoi l’alternance et l’apprentissage sont en stagnation ?

L’étonnement récurrent sur la difficulté de développer le nombre d’apprentis et d’alternants tient dans une mécompréhension de ce qui fonde la coopération entre les organismes de formation et les entreprises. Pourtant cette question est posée depuis plusieurs décennies. Sans remonter aux déboires de l’apprentissage de type compagnonnique, interdit par la révolution française et confiné dans un rôle subalterne malgré la loi Astier de 1919, l’adhésion aux vertus supposées de l’alternance a démarré en 1977 avec le contrat emploi formation (CEF). Elle s’est continuée en 1982 avec les formations alternées promues par Bertrand Schwartz, finalisée avec les contrats en alternance de 1983 (contrats de qualification, d’adaptation et d’orientation) et couronnée par la relance de l’apprentissage en 1986 et son ouverture à tous les niveaux de diplôme mais aussi par le développement de l’alternance sous statut scolaire. Et pourtant la greffe demeure fragile…

Cette orientation a été nourrie par deux conceptions erronées, d’une part l’idée que les contrats en alternance relevaient des mesures pour l’emploi des jeunes, d’autre part la croyance que les entreprises étaient en situation d’assurer tendanciellement le volet « technique » des enseignements professionnels. Si les contrats en alternance favorisent l’emploi des jeunes c’est justement qu’ils sont supposés relever d’un système de formation professionnelle initiale performant, piloté et régulé comme tel avec une implication forte des représentants du monde du travail et non comme des contrats aidés relevant d’un pilotage administratif. Quant à la question du rôle « technico-pédagogique » de l’entreprise, cette option supposait un appareil de formation initial repositionné sur plusieurs axes permettant de mieux articuler enseignement général, technologique et professionnel, de développer la polyvalence et les pluri-compétences (réduire les spécialités de formation trop étroites), de mettre fin à sa dispersion. Du côté des entreprises le choix structurel de l’alternance supposait une intégration au sein du système de production d’une fonction formative portée par des milliers de formateurs permanents et occasionnels et donc un nouvel équilibre entre ces espaces et les organismes de formation.  Certes un nombre important d’entreprises se sont emparées de cette fonction avec des résultats contrastés notamment concernant les jeunes les plus en difficulté qui nécessitent un suivi plus instrumenté. Mais cette implication est entravée par la complexité d’un système éclaté en plusieurs volets.

En fait, et l’actuelle stagnation des systèmes d’apprentissage et d’alternance le démontre[1], l’architecture financière et réglementaire de cet ensemble disparate, fondée sur l’impôt, la taxe d’apprentissage et l’obligation légale de financement de la FPC par les entreprises, a plutôt entretenu l’hypertrophie de l’appareil de formation (3000 lycées professionnels et CFA et des milliers d’organismes de formation intervenant dans les contrats en alternance), le maintien des spécialisations étroites et l’externalisation de la formation professionnelle du système productif notamment dans le champ des métiers de base (ouvriers, employés et techniciens). C’est donc à une refondation de tout l’enseignement professionnel initial à laquelle il faut s’attaquer dans le sens d’un déplacement des ressources formatives vers les entreprises et d’un enseignement professionnel et technologique unifié.

Paul Santelmann, Directeur de la veille Pédagogique à l’AFPA



[1] Voir la note de la Dares sur la forte baisse des entrées en apprentissage en 2013. Dares/Analyses Février 2015 n° 009.

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