La formation professionnelle initiale en déclin

Selon la DARES (Analyses n° 009 Février 2015) depuis 2012 on compte une baisse significative des entrées en apprentissage qui se poursuit en 2014… Cette baisse semble liée à une réduction du nombre de jeunes sortants des classes de 3ème que ce soit vers l’enseignement professionnel ou l’apprentissage. Ce recul (- 8 % en 2013) touche presque tous les secteurs avec une pointe dans le bâtiment (- 11 %) et un effet moindre dans l’industrie. On assiste de fait à un lent déclin de la formation professionnelle initiale préparant aux CAP et aux Bac Professionnels. Un déclin qui pourrait être compensé par un renforcement de la formation qualifiante en cours de vie active. Lien : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2015-009.pdf

De fait ce sont les filières des CAP et Bac professionnels qui subissent cette situation qui soulève à nouveau la question de la structure de l’appareil de formation professionnelle de niveau V et IV. Parallèlement le niveau des nouveaux apprentis ne cesse d’augmenter : en 2013, 43 % d’entre eux avaient un diplôme de niveau IV ou supérieur. Une tendance encore plus marquée chez les jeunes bénéficiant d’un contrat de professionnalisation qui étaient 74 % a posséder un diplôme de niveau IV ou plus ! En clair de plus en plus de jeunes apprentis préparent des diplômes de l’enseignement supérieur (32 % en 2013).

Par effet cumulatif on ne peut que s’interroger sur les possibilités qu’ont les jeunes non-diplômés de l’Education Nationale (environ 130 000 par an) d’accéder à une seconde chance par la voie des contrats en alternance. Le CEREQ (Bref n° 329 – décembre 2014) répond en partie à cette question en évoquant le devenir des 123 000 non-diplômés sortis de formation initiale en 2004. Au cours de leur sept premières années de vie active, 1/4 d’entre eux ont obtenu un diplôme soit environ 30 000 jeunes. 21 % d’entre eux ont bénéficié d’un contrat en alternance soit 25 000 environ, soit une moyenne annuelle d’accès à ces formules de 3700 ! Sans entrer dans une analyse trop raffinée de ces parcours qu’aborde le CEREQ, il est flagrant que les dispositions permettant aux jeunes non diplômés (près de 900 000 sur la période étudiée par le CEREQ) d’utiliser l’alternance comme seconde chance d’obtention d’un diplôme professionnel  sont extrêmement ténues. Cela d’autant plus que l’impact de cette acquisition différée ne semble pas toujours rentable en termes d’accès à un emploi qualifié. Selon le CEREQ ce sont les jeunes filles qui, ayant acquis un diplôme de façon différée, accèdent davantage à un emploi qualifié (57 % contre 31 % pour les garçons).

L’option consistant à permettre un retour à une formation diplômante au sein des établissements scolaires apparaît d’abord comme une façon de combler les sous-effectifs croissants des lycées professionnels (qu’en sera-t-il de l’accès aux CFA ?). Il paraît beaucoup plus efficace d’organiser un système de qualification post-scolaire dédié à tous les ouvriers, employés et techniciens, fondé sur des contenus, des modes de certification et des méthodes pédagogiques spécifiques en liaison forte avec les entreprises locales. Rappelons que la formation qualifiante des actifs (chômeurs et salariés) ne correspond qu’à 320 000 entrées aux niveaux V, IV et III et qu’elle souffre d’une atomisation invraisemblable (plus de 5000 opérateurs) liée à une « régulation » relevant de la concurrence par les prix. La qualité et l’efficacité d’un appareil de formation professionnelle relève d’investissements structurels de moyen terme qui ne peuvent pas être tributaires de financements court-termistes et d’une fragmentation des modes d’achat (22 Conseils régionaux, Pôle Emploi, 48 OPCA, Etat, etc.)… 

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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Un commentaire pour “La formation professionnelle initiale en déclin”

  1. agulhon dit :

    j’apprécie beaucoup les articles de Santelmann dans cette newsletter

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