Les avancées paradoxales du CPF

Toute l’architecture du compte personnel de formation (CPF) repose sur l’usage des listes de formations qualifiantes définies au niveau national et régional. Or ces listes découlent des données gérées par la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP) créée en 2002. Cette instance ayant comme fonction d’établir un répertoire des certifications professionnelles (RNCP) catégorisé selon la nomenclature des niveaux de…formation de 1969. Un répertoire distinct de tout type d’agrément ou d’habilitation des organismes de formation préparant à ces certifications. Pour être clair, la CNCP n’a ni vocation, ni capacité à qualifier, habiliter, répertorier, évaluer ou agréer l’offre de formation qualifiante (certifiante)…

En réalité la notion de liste de formations qualifiantes dans le champ de la formation des adultes (post-scolaire, continue) est ambigüe : d’une part il y a un éventail de milliers de diplômes, de titres et de certifications et d’autre part des milliers d’organismes de formation sont susceptibles de préparer aux certifications existantes. Etablir une liste de « formations qualifiantes » équivaut à reproduire une liste de certifications mais ne donne pas d’informations et d’indications sur les caractéristiques des organismes de formation concernés. Par exemple un même titre professionnel peut être préparé dans une région par des dizaines d’organismes différents financés dans le cadre d’un marché concurrentiel et un autre titre professionnel ne sera préparé que par un seul organisme qui sera, de fait, en situation de monopole s’il a notamment été le concepteur de la certification en question et l’aura soumise à l’enregistrement dans le RNCP.

Une autre difficulté tient dans la correspondance supposée entre formation qualifiante et métier, c’est-à-dire au signal donné sur le marché de l’emploi par l’acquisition d’une certification. En effet un métier peut correspondre à plusieurs diplômes, titres ou certifications et donc à une très grande variété de formations qualifiantes mises en œuvre par différents organismes de formation. On peut certes comparer les référentiels de certification préparant à un même métier mais il n’y a aucune garantie que la certification qui semble la plus conforme à un métier donné soit préparée par les organismes de formation les plus efficaces… Dans les faits c’est plutôt la notoriété ou la réputation des organismes de formation auprès des entreprises qui s’avère la moins mauvaise façon de choisir une formation qualifiante. Mais cette information est difficilement accessible au grand public. Sur quels critères les personnes qui voudront utiliser leur CPF choisiront tel ou tel organisme de formation ?

Cette situation kafkaïenne devrait pourtant avoir un effet positif : soit par la mise en place d’un mode de labellisation ou d’habilitation des organismes préparant aux différents types de certifications par les valideurs (Ministères et branches professionnelles notamment), soit par une norme qualité délivrée par une structure indépendante intégrant les éléments constitutifs d’une formation qualifiante de qualité (menant à une certification)… Ces deux démarches garantissant aux personnes un engagement qualitatif critérié des organismes de formation (en termes de moyens, de locaux, de ressources, de formateurs, etc.). Dans les deux cas ces critères s’imposeraient aux financeurs de formation qui tendanciellement se substituent aux valideurs pour imposer aux organismes des normes et des critères de fonctionnement et d’activité. Or la finalité d’une formation qualifiante (débouchant sur une certification) relève de la responsabilité première des valideurs. Ceux-ci ne peuvent pas se dédouaner des caractéristiques (voire du nombre et de l’implantation) des organismes supposés former les personnes aux certifications délivrées par ces mêmes valideurs.

Aujourd’hui les financeurs définissent leur politique d’achat de formations qualifiantes sur des critères élaborés indépendamment des valideurs. Cette situation a entrainé une dérégulation de tout le système de formation qualifiant (relevant de certifications nationales) soumis aux règles locales d’une multiplicité de financeurs (22 conseils régionaux, OPCA, Pôle Emploi, etc.). Or n’importe quel valideur national devrait pouvoir garantir une égalité de traitement aux personnes qui s’engagent dans une formation qualifiante de la même façon que l’Education Nationale définit des normes homogènes pour l’activité des lycées professionnels. C’est ce débat qui doit s’ouvrir urgemment si on veut que le CPF devienne un outil au service des personnes et non pas un élément supplémentaire de dérégulation de la formation permanente des adultes.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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2 commentaires pour “Les avancées paradoxales du CPF”

  1. Olivier BATAILLE dit :

    « C’est ce débat qui doit s’ouvrir urgemment » à lire cette conclusion je ne peux m’empêcher de penser qu’il aurait été bien plus efficace d’ouvrir ce débat AVANT la promulgation d’un dispositif législatif…
    Le processus de construction, de diffusion et surtout d’application concrètes des lois applicables à la FPC semble vraiment à expliciter et formaliser dans ce pays.

  2. mialon dit :

    A se demander si le dispositif en question ne va générer l`inverse du but recherché, la reconnaissance de la formation continue, ce qui serait dommage.

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