Le « pilotage » du travail en question…

L’enquête Sumer (surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) décrit notamment les contraintes organisationnelles auxquelles sont soumis les salariés et permet d’établir des liens entre les modes de management des salariés et les différents risques physiques et psycho-sociaux auxquels ils sont confrontés. La dernière étude de la DARES (analyses – janvier 2015 n°003) relative à cette enquête en 2010, s’est focalisée sur les entretiens professionnels annuels supposés cadrer l’activité des salariés. Or cette enquête révèle l’inexistence de ces entretiens pour 1/3 des salariés et leur faible instrumentation quand ils ont lieu.  Lien : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2015-003.pdf

Selon l’enquête, les entretiens individuels d’évaluation fondés sur des critères « précis et mesurables » mais sans objectifs chiffrés concernent 20 % des salariés. Ces derniers, par rapport à ceux qui n’ont pas d’entretien,  déclarent plus souvent bénéficier d’autonomie et de soutien social de la part de leur hiérarchie ou de leurs collègues. À l’inverse, ceux qui ont des objectifs chiffrés sans bénéficier d’un entretien individuel d’évaluation fondé sur des critères précis et mesurables, soit 13 % des salariés, sont surexposés à la plupart des facteurs psychosociaux de risque et ressentir davantage de conflits éthiques et d’insécurité dans l’emploi.

Selon cette enquête, plus de 40 % des salariés estiment ne pas avoir les moyens suffisants pour effectuer correctement leur travail. Ils sont encore plus nombreux parmi ceux qui ont des objectifs chiffrés et qui ne bénéficient pas d’entretien individuel d’évaluation « cadré ». On a ici la confirmation, après bien d’autres éclairages, que l’analyse du travail est le maillon faible de la gestion des compétences des salariés au sein de nombreuses entreprises.

En effet si les entretiens individuels d’évaluation « avec critères précis et mesurables » apparaissent comme protecteurs vis-à-vis de l’exposition à plusieurs facteurs psychosociaux de risque, au contraire les seuls objectifs chiffrés sont associés à un surcroît d’exposition. De façon cohérente, une corrélation négative existe entre objectifs chiffrés et santé mentale, mais les entretiens menés rigoureusement (souligné par nous) jouent un rôle modérateur. La situation où le salarié bénéficie d’un tel entretien sans objectifs chiffrés est la plus favorable et le risque de symptôme d’anxiété ou de dépression est réduit de 12%.

Que conclure de cette enquête qui souligne une stagnation des mauvaises conditions de travail de nombreux salariés de base (ouvriers et employés notamment dans les TPE/PME) ?

Si le code du travail n’oblige pas l’employeur à instaurer des entretiens d’évaluation, lorsqu’une procédure d’évaluation est définie, elle doit respecter certains principes (article L1222-3) : information du salarié, confidentialité des résultats et pertinence des méthodes et techniques d’évaluation « au regard de la finalité poursuivie ». Cette disposition renvoie à l’instrumentation de l’analyse des activités professionnelles au regard de critères d’efficacité ou de performance compatibles avec la santé physique et psychique des salariés. Or il y a un véritable déficit en matière de formations à l’analyse du travail, démarches qui viendraient compléter les formations à l’hygiène et la sécurité qui se limitent trop souvent à décrypter la réglementation mais n’ont guère d’apports méthodologiques permettant d’opter pour des organisations qui ne s’avèrent pas antagoniques à la qualité du travail et à la qualité de la vie au travail.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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