Accès aux savoirs… Sortir du brouillard…

Dans les débats « experts » et institutionnels sur la formation post-scolaire, il y a une tendance à mettre sur le même plan l’accès aux savoirs, l’accès à la formation, les processus d’apprentissage qu’ils soient organisés ou non, les actions de formation, etc. Il suffit de lire l’hyperproduction consacrée aux vertus du numérique dans le champ éducatif et formatif pour constater la densification du brouillard conceptuel ainsi créé et où l’action publique n’est plus discernable. Certes il est important de comprendre le lien entre tous ces phénomènes mais rappelons quelques banalités…

En ce qui concerne l’accès des individus aux savoirs, il s’agit des multiples possibilités pour un individu d’accéder à des ressources diverses qui contiennent des savoirs formalisés et qui contribuent à développer ses connaissances. Cette démarche passe par les bibliothèques, les librairies, des centres ressources ou les MOOC en passant par Wikipedia ou les millions de vidéos éducatives ou formatives désormais en ligne sur internet. Toutes ces voies font partie des processus d’auto-apprentissage ou d’autoformation (accompagnés ou non) dont le moteur est d’abord l’intérêt et la curiosité des personnes et dont la portée est considérable sur le plan social et économique mais difficilement mesurable car elle échappe aux critères économiques dominants sur l’usage et l’utilité de ce que l’on apprend de la sorte. La valorisation individuelle de ce phénomène demeure d’ailleurs impalpable dans un pays où le diplôme acquis en formation initiale vaut plus que des centaines d’ouvrages lus durant une vie ou que les acquis d’expérience…

L’accès à la formation post-scolaire relève d’une autre logique qui se résume aux différents mécanismes permettant de suivre une formation mise en œuvre et dispensée par un organisme ou un prestataire de formation rémunéré comme tel (par qui est un objet de débat). Cette possibilité d’acquérir des savoirs dans le cadre d’un système organisé possède deux finalités :

  • une finalité économique qui correspond aux besoins des entreprises confrontées à la nécessité de former, de professionnaliser ou d’adapter leurs salariés aux évolutions techniques, de produits ou de processus ou à leurs choix organisationnels…
  • une finalité d’intérêt général consistant à concilier la justice sociale et les transformations de l’économie dans le sens de l’intérêt de celles et ceux qui n’ont pas bénéficié d’une scolarité réussie et de l’engagement de l’Etat à garantir un droit égalitaire à l’éducation (réduisant les déterminismes sociaux précoces).

Cette dernière option est l’objet de deux grandes interprétations avec des variantes. Pour les uns l’engagement de l’Etat réside dans un droit à l’éducation permanente des adultes, centré sur la connaissance et la culture, en clair sur les fondamentaux du système éducatif. Pour les autres cet effort public consiste à amoindrir les conséquences d’une scolarisation insuffisante sur les perspectives et les trajectoires professionnelles des individus à travers une formation professionnelle permanente intégrant les différents paramètres de la réussite professionnelle et de la diminution des risques de chômage.

La France, au nom d’un universalisme inapproprié, n’a pas su choisir clairement entre ces différentes voies et l’action administrative a recouvert tous les volets précédemment évoqués. Et à vouloir les embrasser tous, elle n’en embrasse plus vraiment aucun… En réalité la société civile et le monde de l’entreprise savent très bien se débrouiller du rapport aux savoirs sans qu’il y ait besoin d’une intrusion réglementaire forcenée sur ce sujet. Par contre il n’y a pas besoin d’être un expert de la formation pour constater que la société civile et les entreprises ne tendent pas spontanément à résorber ou infléchir les inégalités sociales (il y a des contre-exemples minoritaires).  Ce qui est attendu des pouvoirs publics, c’est précisément de mettre en place des réponses efficaces de compensation et de remédiation qui apportent des vraies solutions à celles et ceux qui en sont les moins bien servis. Ces solutions relèvent d’un droit des actifs faiblement qualifiés à pouvoir bénéficier de formations promotionnelles ou d’acquisition d’un niveau de qualification supérieur, de reconversions professionnelles, d’acquisition de nouvelles compétences, de  reconnaissance des acquis d’expérience, etc. en phase avec les mutations technologiques, numériques et environnementales de l’économie.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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