Réforme de la formation… 2015, année de vérité ?

La suppression du 0,9 % et la mise en place du compte personnalisé de formation (CPF) vont avoir un double effet positif : d’une part on pourra mesurer l’effet « pédagogique » de la loi de 1971 sur le comportement des entreprises en matière d’investissement formation et d’autre part on pourra mesurer la solidité de l’hypothèse qui voudrait que chaque actif (27 millions) soit porteur d’un irrépressible désir d’aller se former dans un organisme de formation. Ce double constat va permettre au système d’acteurs de la formation de mettre les pieds sur terre et de définir les contours d’une politique de formation ajustée aux comportements réels des entreprises et des personnes.

Après des décennies de brouillage des représentations sur le rôle de la formation continue on pourra enfin définir et anticiper sérieusement (comme dans les autres pays qui n’ont jamais connu d’obligation de financement de la formation) ce qui est utile, demandé et accepté par les personnes en matière d’usage des différentes formes et modalités de formation continue.

Sans obligation de former et d’être formé, nous allons revenir dans le monde réel des adultes où il s’agira d’abord pour les opérateurs de formation de démontrer leur valeur ajoutée (sociale et économique). Car, même si tous les mécanismes d’obligation ne sont pas éliminés, il est clair qu’aucune instance ne détiendra désormais l’autorité d’obliger une entreprise ou un individu à utiliser une prestation dont l’intérêt n’est pas manifeste.

C’est de cette réalité qu’il faudra partir pour organiser une politique attractive destinée aux moins qualifiés qui peuvent être les victimes de cette ère de liberté comme ils ont été les laissés-pour-compte de l’ancien système supposé leur être favorable. Ce défi est politique au plein sens du terme car il nécessitera un arbitrage budgétaire essentiel consistant à privilégier la remise en état de structures capables d’accompagner ce public pénalisé dans les processus de recomposition de l’emploi et de transformation du travail. Puisqu’il s’agit bien de cela : comment remédier à la fracture entre une population qui a décroché professionnellement et un système productif qui a plus exclu qu’intégré dans ses mutations successives ?

Trois transitions sont en cours : la transition technologique, la transition numérique et la transition écologique qui, menées séparément, peuvent conduire au pire et qui, menées conjointement, peuvent résoudre de nombreuses questions. Ces trois processus supposent une montée en compétences et en qualification des actifs et donc un appareil de formation pluriel et adapté. C’est cet enjeu qui est devant nous et qui modifie complètement les paramètres issus de la loi de 1971 focalisée sur une vision atomisée de la formation continue : entreprise par entreprise, individu par individu…

L’important dans cette réforme ne tient pas dans ses dispositions réglementaires mais dans ses effets secondaires qui vont devenir l’essentiel. L’objectif de certification professionnelle contenu dans le CPF va notamment s’avérer le lien essentiel avec les besoins de l’économie permettant d’orienter l’effort de formation continue vers celles et ceux qui, pour différentes raisons, ont été écartés des modernisations. Avec 7 ou 8 millions de personnes fragilisées dans leur relation à l’emploi on ne pourra pas mener les transformations du système productif avec les pratiques élitistes, technocratiques et « jeunistes » héritées des années 80… Il faudra bien reconnecter formation continue, mutations économiques et justice sociale.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

Tags: ,

4 commentaires pour “Réforme de la formation… 2015, année de vérité ?”

  1. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...]   [...]

  2. Wordpress | Pearltrees dit :

    [...] Réforme de la formation… 2015, année de vérité ? La suppression du 0,9 % et la mise en place du compte personnalisé de formation (CPF) vont avoir un double effet positif : d’une part on pourra mesurer l’effet « pédagogique » de la loi de 1971 sur le comportement des entreprises en matière d’investissement formation et d’autre part on pourra mesurer la solidité de l’hypothèse qui voudrait que chaque actif (27 millions) soit porteur d’un irrépressible désir d’aller se former dans un organisme de formation. [...]

  3. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] La suppression du 0,9 % et la mise en place du compte personnalisé de formation (CPF) vont avoir un double effet positif : d’une part on pourra mesurer l’effet « pédagogique » de la loi de 1971 sur le comportement des entreprises en matière d’investissement formation et d’autre part on pourra mesurer la solidité de l’hypothèse qui voudrait que chaque actif (27 millions) soit porteur d’un irrépressible désir d’aller se former dans un organisme de formation.  [...]

  4. Jean-Louis Vincent dit :

    La réforme est effectivement porteuse de dynamisation de chaque salarié à se qualifier avant une perte d’emploi statistiquement possible, plutôt que d’attendre d’être inscrit à Pôle Emploi pour y penser. Il reste tout de même regrettable qu’un outil d’anticipation tel que le bilan de compétences ait été oublié, sinon sacrifié à l’autel des CEP, quand il représente un des rares espaces de construction autonome et structurante du parcours professionnel.
    Nombre de Centre Bilans de Compétences sont depuis le 5 janvier en situation de survie par le fait qu’il n’entre pas (encore) dans le champ du CPF. Et pourtant il répond aux critères du Socle Commun des Connaissances et Compétences (http://lc.cx/8fH ).

Laisser un commentaire