Les ressorts de l’innovation…

Une note de l’INSEE (Insee Première n° 1521 – ) rend compte des résultats de l’enquête communautaire sur l’innovation réalisée auprès de sociétés de 10 salariés ou plus pour la période 2010-2012. Cette enquête permet d’abord de constater la persistance d’une dynamique d’innovation (53 % des entreprises interrogées ont innové en produits, procédés, organisation ou marketing) qui tranche avec les discours déclinistes sur l’atonie supposée du système productif, des discours souvent focalisés sous le seul angle du critère de croissance. Lien : http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1521/ip1521.pdf

Certes, par rapport à la période 2008/2010 le taux global d’innovation est plutôt stable mais recouvre des disparités sectorielles : ainsi les innovations technologiques évoluent globalement peu mais augmentent dans le commerce de gros et les activités financières et d’assurance. Les innovations non technologiques (organisation et marketing) diminuent dans le transport/entreposage et les activités scientifiques et techniques et progressent dans les activités financières et d’assurance.

Les innovations technologiques (nouveaux produits ou procédés de production) représentent 37 % des innovations et concernent de nombreux secteurs de l’information/communication aux industries en passant par les activités financières et d’assurance et sont d’autant plus importantes que les sociétés sont de taille importante (70 % pour les entreprises de 250 salariés et plus et 32 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés). Les innovations organisationnelles pèsent 34 % et sont moins marquées par les effets sectoriels et taille d’entreprise…

Mais les leçons les plus intéressantes de cette enquête tiennent dans les liens entre exportation et innovation, entre financement public et innovations technologiques, entre marchés publics et taux d’innovation. Ainsi 64 % des sociétés exportatrices ont innové (contre 43 % des sociétés non exportatrices) et 25 % de ces sociétés ont introduit un nouveau produit sur le marché. Mais les innovations résultent également du soutien financier des pouvoirs publics (crédit d’impôt recherche, subventions diverses, exonération fiscale, prêts, etc.) qui avantagent plutôt les entreprises de grande taille mieux armées pour identifier les différents types d’aides (nationales, locales ou européennes) et gérer les démarches administratives et les conditions requises qui y sont associées. Enfin l’enquête fait apparaître que les sociétés qui réalisent des prestations dans le cadre de marchés publics ou qui obtiennent des marchés de sous-traitance sont plus innovantes que les autres. Cette dynamique confirme l’importance de l’ouverture économique en matière d’innovation mais conforte également le rôle d’un Etat stratège allégé d’une tendance à diversifier et complexifier son intervention.

Enfin, il est dommage que l’enquête ne permette pas d’approfondir les liens innovations/compétences qui étaient abordés auparavant par les travaux du SESSI (supprimé en 2008) au milieu des années 2000[1]. Ces travaux avaient notamment pointé que pour 17 % des entreprises, l’innovation technologique est entravée par des insuffisances en termes de compétences et d’information sur les technologies et que 61 % des entreprises impliquées dans des innovations technologiques avaient été amenées à former leurs salariés et ont engagé des activités de R & D. A l’époque 25 % des PME industrielles de moins de 50 salariés indiquaient que les manques de compétences techniques de leurs salariés étaient un frein à l’innovation.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA



[1]Carmen Clément et Claire Lelarge « L’innovation dans l’industrie, une contribution forte à la croissance de la productivité globale », Le 4 pages du SESSI, décembre 2006.

 

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