La pédagogie en question à l’Université

Cela fait de nombreuses décennies que la question de la pédagogie à l’Université est soulevée. Un rapport de Claude BERTRAND, Chef de la mission de la pédagogie pour l’enseignement supérieur, paru en mars 2014, a relancé ce débat qui illustre à la fois les défis et les impasses quant aux solutions pouvant contribuer non seulement à une meilleure efficacité pédagogique de l’enseignement supérieur mais également à des finalités en phase avec les transformations de l’économie et des rapports sociaux.

Lien :  http://www.cdul.fr/sites/www.cdul.fr/IMG/pdf_Rapport_Pedagogie_04-2014.pdf

Tout d’abord il faut rappeler que la question de la pédagogie à l’Université possède beaucoup plus de points communs avec les enjeux de la formation des adultes qu’avec ceux des enseignements maternels, primaires et secondaires… Cela d’autant plus que les centres d’éducation permanente de l’Université accueillent un grand nombre d’adultes déjà entrés dans la vie active (367 000 en 2012). La massification de l’enseignement supérieur, trop souvent confondue avec la démocratisation de l’accès aux savoirs, nécessitait le renouvellement d’un cadre pédagogique construit sur la base d’une approche académique des savoirs. Cette massification, promue d’abord pour favoriser l’accès à l’emploi des nouvelles générations, supposait aussi de nouveaux rapports entre l’Université et les entreprises. Or, malgré des initiatives non négligeables mais dispersées, la politique universitaire n’a pas su optimiser ses pratiques pédagogiques et n’a pas réussi à remettre en cause sa défiance à l’égard des entreprises et de leurs savoirs. Conséquemment elle n’a pas contribué à empêcher la stérilisation du système de formation professionnelle continue entrainé dans une dérive immédiatiste, conjoncturelle, mercantile et minimaliste (90 % des actions de formation continue n’excèdent pas 3 jours).

Le rapport aborde les transformations de l’université sous l’angle de la massification, des orientations européennes en matière d’accès aux savoirs et de certification, de diversification des cursus et de réussite aux examens.  Dans ce contexte la diffusion des technologies numériques apparaît comme le moteur d’une transformation pédagogique à mettre en œuvre. La question pédagogique est ainsi posée comme modalité de dépassement du modèle transmissif au profit d’une approche centrée sur l’étudiant. Le rapport s’inspire d’ailleurs de la formation des adultes et trace des objectifs où : « les apprenants sont considérés comme des individus avec une histoire, des expériences, des styles d’apprentissage et des besoins particuliers, à qui on proposera des approches pédagogiques plus actives, différenciées et diversifiées » (page 7). Le rapport invite donc à « parler de pédagogie » à l’Université, énumère « les freins à la transformation pédagogique » et propose « dix pistes d’actions à engager ».

Ces orientations sont en rupture avec le modèle académique  mais elles occultent deux points essentiels : les mutations du système productif et de l’économie mondialisée et le fonctionnement du marché de l’emploi. Or une révolution pédagogique, même à l’Université, ne peut être menée sans synergie avec le monde du travail, là où les savoirs se reconstruisent, se développent et se renouvellent. De ce point de vue les technologies numériques sont d’abord un vecteur d’interaction avec le monde du travail sous l’angle des apprentissages avant d’être une révolution pédagogique en soi. Il n’y a pas un déterminisme qui ferait du numérique une technologie intrinsèquement contributive à une pédagogie efficace. Le numérique n’évite pas les limites des modèles transmissifs et son usage suppose une stratégie pédagogique plurimodale adaptée à des objectifs différents. On ne forme pas un psychologue du travail comme on forme un ingénieur en aéronautique ou un chirurgien. Tout arsenal pédagogique doit être diversifié et flexible.

La pédagogie des adultes repose sur la compréhension de l’interaction entre les processus d’apprentissage et les contextes d’application et de mobilisation des savoirs. Cela suppose une ingénierie pédagogique enracinée dans l’analyse des activités professionnelles pour en tirer les meilleures options d’apprentissage et de formation. C’est d’ailleurs la seule façon de rendre les enseignements moins abstraits et d’en mesurer leur portée dans l’économie et les rapports sociaux et culturels. Sans cadre pédagogique préalable l’usage du numérique ou de toute autre modalité comme l’alternance peut conduire à des résultats diamétralement opposés. Le rapport nuance d’ailleurs une telle orientation (page 8) mais n’explicite guère ce que serait un cadre pédagogique nouveau. En mettant en avant la notion de « pédagogie de l’enseignement supérieur » le rapport entretient des différenciations obsolètes avec la pédagogie des adultes (peu évoquée dans le rapport) et le développement des organisations apprenantes des entreprises. Mais ce rapport n’en demeure pas moins une avancée dans les possibilités de partenariat pédagogique entre les Universités et les autres segments actifs de la formation continue.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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3 commentaires pour “La pédagogie en question à l’Université”

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  2. Pédagogie | Pearltrees dit :

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  3. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...] RT @SegoSu: Toujours bon à rappeler : le numérique n'induit pas intrinsèquement une pédagogie efficace http://t.co/TDeBOcWSYj  [...]

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