L’allongement des études. Une fuite en avant illusoire…

Le CEREQ (BREF n° 322 septembre 2014) vient de publier un éclairage édifiant sur le devenir des 369 000 jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2010. Alors que la généralisation du LMD et le développement des licences professionnelles ont eu comme effet d’élever le niveau moyen des étudiants (massification des Master 2 et diminution des sorties au niveau BTS et DUT au profit de poursuites d’études au niveau II) leur insertion a continué de se dégrader. En 2013, trois ans après leur sortie de l’enseignement supérieur et tous niveaux confondus, 13 % des jeunes sont au chômage (+ 4 % par rapport à la génération 2004) et ceux qui sont en emploi ont des salaires inférieurs à ceux de la génération 2004. Quant aux 20 % de non diplômés du supérieur, ils connaissent un taux de chômage proche des 25 %. Seuls les ingénieurs, les docteurs et les diplômés du secteur sanitaire et social connaissent des faibles taux de chômage. Cette situation détériore l’image d’un système éducatif supposé résoudre des questions sociales et économiques qui dépassent sa sphère d’influence. Elle soulève également la question de la déperdition budgétaire qu’entraine une telle orientation…

Un autre constat paradoxal réside dans la perte d’effet substantiel de la voie professionnelle,  en matière d’accès à l’emploi, par rapport à la voie générale.  La poursuite d’études des détenteurs de BTS/DUT, notamment en licence professionnelle, améliore légèrement leur rapport à l’emploi mais ce sont les apprentis en BAC + 2 ou +3 qui tirent leur épingle du jeu. Néanmoins par rapport à la génération 2004, le taux de chômage des apprentis de la génération 2010 des filières industrielles a été multiplié par cinq (2 % à 10 %). Enfin, la détérioration salariale que connait cette génération témoigne également du phénomène de déclassement tendanciel des diplômés du supérieur confrontés à une structure des qualifications et des emplois qui ne justifie pas un tel effort quantitatif d’allongement des durées de formation initiale.

D’une façon générale le système productif continue à sélectionner par le niveau de diplôme et compense son « indifférence » à l’égard des spécialités par un recours à différents modes de professionnalisation interne. Le développement des universités, écoles et campus d’entreprise est le corollaire de cette évolution. Dans ce contexte le sort des non-diplômés du supérieur s’aggrave et témoigne du piège dans lequel les nouvelles générations se retrouvent enfermées. Compte-tenu du nombre de ces non-diplômés (plus de 70 000 chaque année) il semblerait nécessaire d’orienter les dispositifs d’alternance et d’apprentissage vers ce public. Or les données du CEREQ montrent que ces dispositifs relayent et accentuent les  politiques de sélection et de surqualification à l’embauche des jeunes !

Enfin, quand on tente de cerner les domaines professionnels confrontés à des difficultés de recrutement on s’aperçoit qu’ils relèvent essentiellement des professions et qualifications intermédiaires précisément ciblées par les BTS et DUT, or les jeunes détenteurs de ces diplômes voient leur insertion se dégrader. Rappelons une nouvelle fois que les compétences nécessaires pour exercer nombre de ces emplois intermédiaires ne se limitent pas à des acquisitions en formation initiale mais supposent une expérience de travail préalable, notamment quand il s’agit de PME ou d’ETI… Ce constat nécessite une mobilisation de la formation continue dans ses vocations promotionnelles et de montée en compétences des actifs expérimentés. En clair une clef de répartition plus efficiente entre formation initiale et formation continue permettrait de mieux compenser les limites du système éducatif, d’offrir des perspectives aux ouvriers et employés qualifiés mais aussi à de nombreux salariés diplômés du supérieur et déclassés.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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4 commentaires pour “L’allongement des études. Une fuite en avant illusoire…”

  1. L’allongement des études. Une fuit... dit :

    [...] Le CEREQ (BREF n° 322 septembre 2014) vient de publier un éclairage édifiant sur le devenir des 369 000 jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2010. Alors que la généralisation du LMD et le développement des licences professionnelles ont eu comme effet d’élever le niveau moyen des étudiants (massification des Master 2 et diminution des sorties au niveau BTS et DUT au profit de poursuites d’études au niveau II) leur insertion a continué de se dégrader.  [...]

  2. Olivier BATAILLE dit :

    Au vue de ce constat, peut être faudrait il aussi s’intéresser à cette catégorie que sont les recruteurs (à la fois comme employeurs et comme personnes) et sur son mode de fonctionnement et sa contribution explicite et implicite à cette « fuite en avant illusoire…. » ?

  3. Afpa Web TV – PROD » Archive du blo... dit :

    [...]   [...]

  4. xitio.fr/seo/filtre-penguin-3-0-premieres-analyses/ dit :

    Un billet de grande qualité, à faire suivre sans plus tarder !

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