Quels illettrés ?

Avec, certainement, les meilleures intentions du monde le nouveau ministre de l’économie, Emmanuel MACRON, en qualifiant d’illettrées les femmes salariées de l’entreprise GAD n’a guère contribué à l’atténuation des représentations et des préjugés qui font obstacles aux perspectives professionnelles des 5,5 millions de salariés considérés par notre système statistique de « non qualifiés ». Cette bévue qu’il a regretté nous montre qu’il y a une forme d’illettrisme social qui empêche de décrypter les qualités de celles et ceux qui, au bas de l’échelle, assurent aussi le fonctionnement de l’économie par leur travail.

L’expérience de l’AFPA et de nombreux autres réseaux de formation qui accueillent et forment les moins qualifiés nous montre que les lacunes scolaires ne sont pas des difficultés rédhibitoires pour l’acquisition et le développement de nouvelles compétences. Des millions de salariés qui ont connu l’échec scolaire ont développé des acquis d’expérience transférables sans qu’ils en soient toujours conscients. Des dizaines de milliers ont suivi avec succès des formations qualifiantes. Plutôt que de pointer leurs manques de maitrise des savoirs de base il serait bienvenu de faire de ce qu’ils ont appris dans la vie, des points d’appui pour élargir leurs perspectives sociales et professionnelles. La formation professionnelle des adultes n’a pas vocation à s’organiser sur les lacunes des personnes (qui n’en a pas ?) mais sur leurs aptitudes et leurs potentiels.

Qu’il faille remédier aux insuffisances en matière de savoirs de base d’une partie des actifs est une banalité mais cela se construit en lien avec la consolidation, l’enrichissement et le développement des compétences acquises dans la vie courante… De nombreuses compétences techniques mais aussi transverses comme les compétences relationnelles, d’organisation, d’écoute, etc. (la liste est longue) se construisent malgré les lacunes scolaires. Les salariées de l’entreprise GAD comme toutes celles de l’agro-alimentaire ou d’autres secteurs où la formation continue n’a pas toujours été mobilisée convenablement, ne sont pas une addition de sous-qualifiées mais une communauté de travail composée de personnes singulières dont il faut faire ressortir les qualités dans les périodes de crise où la concurrence sur le marché de l’emploi s’exacerbe…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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