Donner du sens à la formation continue…

La formation des chômeurs est confrontée aux limites d’une politique de l’emploi confrontée à la stagnation de l’économie. La création d’emplois est en berne et le remplacement des départs en retraite ne suffit pas à endiguer la montée du chômage de masse. La concurrence entre les chômeurs s’exacerbe et la plupart des mesures mises en œuvre par Pôle Emploi consiste à modifier les places dans la file d’attente des personnes en quête d’emploi afin d’améliorer la position des moins qualifiés. Par ailleurs Pôle Emploi est confronté aux difficultés de recrutement dans les emplois les moins qualifiés et dont les conditions de travail sont les moins bonnes. Dans les deux cas la formation est-elle l’outil le plus approprié pour répondre à ces objectifs ?

Rappelons que le marché de l’emploi fonctionne d’abord autour des mobilités des salariés en place (environ 50 % des embauches) et non des chômeurs (35 %) ou des jeunes en première insertion (15 %). De fait Pôle Emploi n’a pas « la main » sur l’ensemble des offres d’emploi et ne « récupère » que celles que les employeurs ne parviennent pas à pourvoir par leurs propres réseaux et par les candidatures spontanées. En bref Pôle Emploi hérite tendanciellement des offres d’emploi les moins attractives en termes de salaire et de conditions de travail. Or cet aspect des difficultés de recrutement est trop souvent considéré comme la seule dimension des « emplois en tension ».

En réalité ce problème est plus complexe qu’il n’y paraît : certes des centaines de milliers d’emplois de faible qualité sont difficilement pourvus, malgré un chômage massif, mais cela ne relève de la formation que de façon marginale. Par contre un bon nombre d’entreprises peinent à recruter sur des emplois exigeant des compétences et des qualifications pointues nécessitant expérience et maitrise des nouvelles technologies. Notre économie est aussi en panne faute de développement de nouveaux produits et services. C’est là que la formation des adultes doit concentrer son effort que ce soit auprès des chômeurs ou des salariés insuffisamment qualifiés, car c’est ce volet qui est le plus porteur de création de nouveaux emplois !

Cette situation interroge donc l’usage et le sens de la formation et les priorités auxquelles elle doit répondre. Un vieil adage prétendait que la formation ne créait pas d’emplois sauf celui des formateurs, or cette assertion n’est valide que si la formation n’est mobilisée que sur la gestion de la file d’attente des chômeurs et l’entretien des compétences des salariés. Certes ce volet peut obtenir des résultats en termes de retour rapide à l’emploi peu qualifié mais il ne contribue pas à la croissance et à l’augmentation d’emplois qualifiés contributifs au développement économique et à l’exportation.

La France communie toujours à l’illusion qui voudrait que la massification du système éducatif (la formation initiale) soit l’unique vecteur d’accompagnement du développement économique. Or la situation actuelle nous montre qu’un important budget consacré au système éducatif peut coexister avec une économie en crise et en stagnation. Le développement des compétences tout au long de la vie a besoin d’une école performante et d’une formation continue ambitieuse. Ce couplage dysfonctionne dans notre pays malgré des dépenses lourdes stérilisées par une massification inconsidérée des études supérieures (accentuant d’ailleurs la stigmatisation des jeunes ne poursuivant pas leurs études après le BAC) et une formation continue « court-termiste », morcelée en micro-actions d’entretien des savoirs.

Jacques Attali (Le Monde du 11 Septembre 2014) a raison d’évoquer le scandale de l’usage des 32 milliards d’euros de la formation permanente face à l’exigence d’une économie positive fondée sur l’innovation et l’optimisation des compétences à tous les âges de la vie plutôt que l’organisation du déclin professionnel de « seniors » de plus en plus jeunes…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

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3 commentaires pour “Donner du sens à la formation continue…”

  1. Donner du sens à la formation continue&h... dit :

    [...] '…Le développement des compétences tout au long de la vie a besoin d’une école performante et d’une formation continue ambitieuse. Ce couplage dysfonctionne dans notre pays malgré des dépenses lourdes stérilisées par une massification inconsidérée des études supérieures (accentuant d’ailleurs la stigmatisation des jeunes ne poursuivant pas leurs études après le BAC) et une formation continue « court-termiste », morcelée en micro-actions d’entretien des savoirs…'  [...]

  2. Olivier BATAILLE dit :

    Extrait d’un rapport du Sénat sur « Quels emplois de demain » juin 2014 page 97 : « Ce n’est pas d’un manque de documentation sur les emplois de l’avenir que nous souffrons. Ce serait même plutôt de l’excès inverse : nous disposons d’une masse considérable de données, de notes, de rapports, d’études en tous genres provenant des innombrables acteurs qui interviennent, à des titres divers, dans le secteur de l’emploi ou de la formation ».
    Cette complexité des acteurs et de leurs périmètres d’intervention peut elle expliquer la difficulté à agir sur l’emploi et la formation en France, alors même que même que les constats – comme ceux de J. Attali- ne manquent pas ?

  3. Donner du sens à la formation continue&h... dit :

    [...] La formation des chômeurs est confrontée aux limites d’une politique de l’emploi confrontée à la stagnation de l’économie. La création d’emplois est en berne et le remplacement des départs en retraite ne suffit pas à endiguer la montée du chômage de masse. La concurrence entre les chômeurs s’exacerbe et la plupart des mesures mises en œuvre par Pôle Emploi consiste à modifier les places dans la file d’attente des personnes en quête d’emploi afin d’améliorer la position des moins qualifiés. Par ailleurs Pôle Emploi est confronté aux difficultés de recrutement dans les emplois les moins qualifiés et dont les conditions de travail sont les moins bonnes. Dans les deux cas la formation est-elle l’outil le plus approprié pour répondre à ces objectifs ?  [...]

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