Quelle montée en qualification des chômeurs ?

Le Ministère du Travail (DARES) a publié un bilan quantitatif de la formation des 660 500 chômeurs qui ont bénéficié d’une formation en 2012. Ces formations sont prises en charge, pour l’essentiel,  par les différentes institutions gestionnaires des fonds de la formation professionnelle sachant que 27 500 formations ont été financées par les stagiaires eux-mêmes dont 17 000 d’une durée de 6 mois et plus. Cet effort de formation qui est plutôt constant depuis plusieurs décennies soulève de nombreuses questions quant aux objectifs poursuivis et aux effets constatés.  Lien : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2014-055.pdf

Notons d’abord que l’accès à la formation des chômeurs ne relève pas d’un droit (cela changera peut-être avec le compte personnalisé de formation) mais d’un système de prescription fédéré par Pôle Emploi. Quant au financement de ces formations, il est pluriel avec une part dominante des Conseils régionaux et une moindre contribution de Pôle Emploi, des OPCA, de l’Etat et de quelques autres structures comme l’AGEFIPH (formations destinées aux handicapés). Chaque institution pilote un éventail d’options de formation à durées et à objectifs différents visant à favoriser l’accès ou le retour à l’emploi des chômeurs les moins qualifiés sans que l’on puisse distinguer la vocation des uns et des autres.

Les conseils régionaux ont financé des stages de formation pour 366 000 personnes en recherche d’emploi pour des durées variables réparti en trois tiers : 124 440 correspondent à des formations de 6 mois et plus, 113 460 à des stages de 3 à 6 mois, 128 100 à des stages de moins de 3 mois. 234 240 de ces formations relèvent d’objectifs de pré-qualification, de qualification ou de professionnalisation. 194 400 de ces formations conduisent à des certifications (diplôme, titre ou CQP de branches professionnelles) sans que ne soit distingué le poids respectif de chaque type de certification. On peut cependant estimer que les formations menant à un diplôme ou un titre professionnel correspondent essentiellement aux formations de 6 mois et plus soit 124 440. Les formations menant à des CQP relèvent plus de l’adaptation à l’emploi avec des durées plus courtes (3 à 6 mois).

Pôle Emploi a financé des formations pour 144 200 personnes avec une prédominance de formations courtes (115 400) et 11 500 formations de 6 mois et plus. Les OPCA ont financé des formations pour 68 900 personnes avec une prédominance de formations courtes (54 400) et 4800 formations de 6 mois et plus. Enfin l’Etat a poursuivi son retrait de la formation des chômeurs avec une prise en charge de 53 000 personnes dont 25 440 en formation courtes et 14 300 formations de 6 mois et plus.

On remarquera que les formations « longues » financées par les personnes elles-mêmes (17 000) dépassent le nombre des formations longues financées par chacune des institutions en dehors des régions (Pôle Emploi, OPCA, Etat). Ces formations représentent donc 172 000 entrées dont 155 000 relevant de l’effort public et paritaire dont 30 % ont été réalisées par l’AFPA. Sur une base (optimiste) de 80 % de taux de réussite aux examens de fin de formation, l’effort institutionnel de validation s’élève à 124 000 chômeurs diplômés dont 31 % par l’AFPA.

Ce résultat est à rapporter au flux des inscriptions annuelles à Pôle Emploi soit 6,2 millions en 2013 (rapport d’activité de Pôle Emploi) et non au nombre de chômeurs à un instant T (stock).  En clair l’acquisition d’une nouvelle qualification par la voie formative concerne environ 2 % des chômeurs sur une année. Aucune donnée DARES ne permet de distinguer entre les formations promotionnelles (obtention d’un niveau de qualification supérieur à celui détenu par les personnes) et les formations de reconversion dans un même niveau de qualification. Il n’y a cependant guère de doute sur le caractère microscopique de la montée en qualification des chômeurs.

On peut estimer que le flux d’entrées des chômeurs dans des formations qualifiantes est de 430 en moyenne par bassin d’emploi en un an, soit une petite trentaine de formations à répartir sur des centaines de cursus… On mesure le chemin à parcourir pour mettre en place un effort de montée en qualification des chômeurs qui soit visible pour les entreprises. Car ce sont elles aussi qu’il faut convaincre de la valeur ajoutée des formations qualifiantes…

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

Tags:

Laisser un commentaire