Les MOOC et la formation professionnelle

La possibilité technique de rassembler et d’agencer des ressources éducatives en accès libre est présentée comme une rupture avec le rapport maitre/élève perpétué par l’enseignement présentiel. La figure tutélaire du professeur est ainsi gommée au profit d’une fonction plus anonyme d’expert du savoir et surtout de conception de supports et de ressources en ligne facilement appropriables. Les MOOC (massive open online course) traduisent opérationnellement le concept de société de la connaissance. Ils traduisent également le souci de répondre à la massification de l’enseignement supérieur, une massification qui ne s’accommode plus des espaces confinés et inadaptés des locaux universitaires.

Entre les cours dispensés dans des amphis bondés ou désertés selon les matières et la rareté de salles adaptées à des travaux de groupes, l’enseignement à distance, dans toutes ses formes, apparaît comme la seule issue pour gérer la masse croissante des apprenants mais aussi réconcilier la formation initiale et l’éducation permanente. En effet, les MOOC qui se construisent aujourd’hui essentiellement dans l’enseignement supérieur (Universités, écoles d’ingénieurs, grandes écoles)  vont permettre d’absorber une partie importante des publics de la formation continue peu prêts à retourner sur les bancs des facultés mais ouverts à une connexion permanente avec les cours qui y sont dispensés. Les opérateurs de formation continue qui avaient privilégié les actifs de formation supérieure (cadres, ingénieurs et managers) vont se voir déposséder de leurs prérogatives si les établissements d’enseignement supérieur se montrent capables de consolider leur stratégie de formation continue.

Les MOOC ne solutionnent pas pour autant toutes les questions relatives à la formation des adultes. La formation professionnelle continue possède notamment une dimension difficilement transférable dans ce type de système et qui tient dans la (re)construction du rapport au travail. Là où il s’agit d’accélérer l’acquisition ou le développement de compétences nouvelles auprès des ouvriers, employés et techniciens, la fonction relationnelle des formateurs permanents ou occasionnels demeure incontournable. Contrairement à la cible des MOOC qui réside dans la massification, l’autoformation et la mise à distance, de nombreux volets de formation professionnelle (requalification, reconversion, perfectionnement professionnel, etc.) supposent des interactions de proximité dans des contextes technico-professionnels adaptés. L’alternance traduit d’ailleurs cette exigence qui fait que rien ne peut remplacer les contextes de travail dans l’acquisition de nombreuses compétences. Le rôle des centres de formation est d’enraciner ces acquisitions et de les consolider par des apports opérationnels complémentaires (par exemple la gestion des aléas, des pannes et des dysfonctionnements est rarement jouable en entreprise).

Par ailleurs la consolidation de l’employabilité (travail sur les transférabilités des savoirs) ne prend sens qu’à travers des mises en situations qui relèvent de l’ingénierie d’opérateurs de formation maitrisant un large éventail de domaines professionnels (ce qui est difficile pour des organismes de formation mono-sectoriels ou mono-technologiques). Ce rôle de proximité où les questions de socialisation ou de changement de culture professionnelle ne sont pas absentes n’est pas antinomique avec les apports des MOOC et des coopérations entre des opérateurs comme l’AFPA et les établissement supérieurs. Ces coopérations sont même indispensables pour enrichir les formateurs et les ingénieurs de formation eux-mêmes. Mais il faut se garder des conceptions qui magnifient les potentialités numériques éducatives.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille pédagogique à l’AFPA

 

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