Les emplois de demain… Un enrichissement des analyses

La prospective en matière d’emploi et de qualification est un élément important de détermination des politiques de formation. Deux rapports traitant des évolutions de l’emploi viennent d’être publiés et contribuent à affiner les analyses dans ce domaine.

L’un a été réalisé par la délégation sénatoriale à la prospective (« Quels emplois pour demain ? » - http://www.senat.fr/notice-rapport/2013/r13-583-notice.html) et l’autre (« Les métiers en 2022 – http://www.strategie.gouv.fr/blog/2014/07/rapport-les-metiers-en-2022/)  par la mission PMQ (prospective métiers qualifications) co-publié par France Stratégie et la DARES.

Une synthèse courte des deux documents qui ont des vocations différentes est irréaliste mais une question commune aux deux rapports mérite d’être soulignée car elle s’inscrit dans un volet prospectif qui impacte directement la formation professionnelle. Cette question concerne la structure des qualifications et des grandes catégories professionnelles. Nous avons plaidé devant la commission sénatoriale l’hypothèse que l’emploi se recomposait tendanciellement par le milieu, c’est-à-dire que les qualifications et les professions intermédiaires étaient en expansion au détriment des emplois peu qualifiés mais aussi des qualifications supérieures. Cette approche ne relaye donc pas les analyses statistiques qui anticipent un renforcement d’une polarisation entre emplois très qualifiés et emplois peu qualifiés.

Cette polarisation est la traduction d’un modèle statistique dominant qui assimile tendanciellement la qualification au salaire et catégorise ainsi les grandes familles d’emplois (cadres, professions intermédiaires, ouvriers et employés qualifiés, ouvriers et employés non qualifiés, etc.). Cette catégorisation possède sa légitimité car elle permet d’identifier la reconnaissance concrète des qualifications et des compétences telle qu’elle se construit dans les classifications des conventions collectives. Mais elle est inopérante pour définir les contenus réels des métiers et des compétences et surtout les frontières entre catégories professionnelles.

Pour le système statistique les emplois non qualifiés correspondent aux bas-salaires, or l’analyse un peu poussée des emplois rémunérés au SMIC fait apparaître un spectre des compétences plutôt large. Mais on peut faire la même observation dans les emplois supérieurs où l’on retrouve des chercheurs, des experts et des managers dont il est bien difficile d’estimer les équivalences de compétences. Mais ce qui est avéré et que la commission sénatoriale reprend comme questionnement c’est que « La « nouvelle économie » aurait entraîné un phénomène de porosité entre les compétences et un effacement des frontières, autrefois plus marquées, entre les emplois. Le recours aux techniques de l’information et de la communication illustre cette transversalité : « Ouvriers et cadres sont amenés à utiliser les mêmes instruments pour des usages professionnels certes diversifiés mais qui installent des passerelles fonctionnelles nouvelles entre catégories professionnelles. » La Dares, également, dans son enquête PMQ de mars 2012, escompte une demande forte sur les professions intermédiaires d’ici à 2020. Au niveau européen cette fois, une analyse similaire est défendue par le Cedefop selon laquelle on observe « l’augmentation du degré de complexité des emplois à tous les niveaux de qualification et la tendance au remplacement par les technologies des activités routinières et répétitives, y compris à un haut niveau professionnel ». Cette approche conduirait à un schéma de structure des qualifications organisée en trois blocs, à tendance perméable, entre : – les ouvriers et les employés ;  – les professions en qualifications intermédiaires ;  – les cadres supérieurs et professions supérieures et intellectuelles. »

La mission PMQ développe une vision prospective qui est plus nuancée qu’autrefois mais continue à communier à une structure des emplois en sablier : « Une relative polarisation des emplois L’emploi continuera de progresser dans les professions les plus qualifiées : la part des métiers occupés par des cadres ou des professions intermédiaires passerait ainsi de 40,8 % de l’emploi total en 2012 à 42,5 % en 2022 dans le scénario central. Ce renforcement des métiers les plus qualifiés, porté par leur poids croissant dans chacun des secteurs d’activité, se ferait principalement au détriment des ouvriers et employés qualifiés : ceux-ci représenteraient en 2022 moins d’un tiers des emplois, contre 38 % il y a vingt ans. (…) La part des employés ou ouvriers peu qualifiés se maintiendrait quant à elle à un niveau proche de 18 %, (…) On observerait ainsi une relative polarisation des emplois et des qualifications (croissance de l’emploi qualifié et de l’emploi peu qualifié, au détriment des emplois moyennement qualifiés), moins marquée toutefois que dans d’autres pays européens et de l’OCDE (en particulier, si on observe bien en France une forte croissance des emplois les plus qualifiés, la croissance des emplois peu qualifiés apparaît limitée, à l’exception de certains métiers spécifiques, notamment de services à la personne) »

La bonne nouvelle tient dans l’affinement des analyses des uns et des autres et la prise en compte des arguments utiles au pilotage des politiques de formation. Ces deux rapports apportent des questionnements et des éclairages nuancés et invitent au débat régional où se situent les arbitrages opérationnels sur ce plan.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

 

 

 

 

 

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