Des questions sans réponses…

Le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) a publié une enquête sur les contrats de professionnalisation en focalisant sur l’insertion à 6 mois des bénéficiaires de ce dispositif ainsi que sur la qualité de l’alternance. En ce qui concerne ce dernier point l’enquête n’apporte aucun éclairage objectivé et s’appuie uniquement sur l’avis des bénéficiaires sur des aspects limités de la mise en œuvre de ce contrat : durée, rythme de l’alternance, accueil et accompagnement en entreprise, coordination entreprise/OF et rapport entre missions en entreprise et formation suivie… La « qualité » de l’alternance dans sa dimension pédagogique n’est résumée que par un seul tableau sur 50… lien : http://www.fpspp.org/portail/easysite/fpspp/

 

Or la mesure de la qualité de l’alternance, en clair l’évaluation des apports des organismes de formation, n’est pas un point négligeable et nécessite une interrogation prioritaire des entreprises. Comment celles-ci estiment-elles la contribution des opérateurs de formation à la professionnalisation et à la qualification des jeunes ? L’enquête fait d’ailleurs ressortir que les relations entre entreprise et organismes de formation sont le point de satisfaction le plus faible selon les bénéficiaires (28 % d’insatisfaits). On mesure ici l’ambigüité des objectifs de nombreux dispositifs de formation professionnelle qui occultent l’essentiel, c’est-à-dire l’appréciation des entreprises sur l’appareil de formation supposé contribuer à la professionnalisation de leurs salariés ou futurs salariés… De même il est nécessaire d’avoir le point de vue des organismes de formation sur la façon dont ils se positionnent par rapport aux apports des entreprises et comment ils en tirent partie…

Les formules d’alternance donnent un rôle important à la formation intégrée et développée dans l’entreprise elle-même. Ainsi 44 % des bénéficiaires estiment très satisfaisants les apports et l’accompagnement des tuteurs alors qu’ils ne sont que 32 % à trouver très satisfaisante la qualité de la formation. Il semble important dans ces conditions d’avoir une vision consolidée du point de vue des entreprises et des tuteurs sur le rôle des organismes de formation dont la légitimité semble d’abord tenir à l’objectif de validation. Et même sous cet angle, le point de vue des bénéficiaires vient relativiser cette dimension puisque pour 62 % le contrat de pro permet d’abord d’acquérir une expérience professionnelle, l’acquisition d’une qualification professionnelle reconnue n’étant mentionnée que par 48 % des bénéficiaires. Enfin l’accès à un CDI est plus favorisé par la préparation d’une qualification correspondant à une classification de convention collective délivrée de fait par l’employeur (72 %) que par la préparation d’une certification RNCP (67 %) ! Ainsi plus l’entreprise est impliquée dans le processus de certification plus c’est favorable à l’accès à l’emploi en CDI…

Il est donc impératif d’évaluer de façon instrumentée la relation entre entreprises et opérateurs de formation en interrogeant ces acteurs avec en toile de fond le point de vue des bénéficiaires.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille Pédagogique à l’AFPA

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